blues et feminisme noir – Angelas Davis

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Blues et féminisme noir explore l’œuvre de deux blueswomen quelque peu oubliées : Gertrude « Ma » Rainey (1886-1939) et Bessie Smith (1894-1937). La première incarne le blues traditionnel, la seconde, le blues classique. Dévalorisée par les spécialistes du blues et du jazz – qui sont en général des hommes blancs –, l’œuvre de ces chanteuses porte un message spécifique : elle affirme la place et les revendications d’autonomie des femmes noires américaines.
En analysant et en contextualisant les paroles de leurs chansons, Davis met en évidence les prémices du féminisme noir et les signes avant-coureurs des grandes luttes émancipatrices à venir. Elle montre que Ma Rainey et Bessie Smith furent les premières rock stars de l’histoire de la musique : or elles étaient noires, bisexuelles, fêtardes, indépendantes et bagarreuses.
Elles posèrent les bases d’une culture musicale qui prône une sexualité féminine libre et assumée, qui appelle à l’indépendance et à l’autonomie des femmes aux lendemains de la période esclavagiste, en revendiquant avec détermination l’égalité de « race » et de genre.
Cette réflexion s’étire aux années 1940 en évoquant l’œuvre de Billie Holiday (1915-1959). Angela Davis réhabilite la conscience sociale de cette chanteuse d’envergure, trop souvent présentée sous le simple prisme des turpitudes de sa biographie.
Blues et féminisme noir propose une histoire féministe et politique de la musique noire des années 1920 aux années 1940.

L’auteure

Figure américaine incontournable, Angela Davis (née en 1944) est connue pour son engagement politique depuis les années 1960. Communiste, élève de Marcuse et Adorno, membre du Black Panther Party, emprisonnée deux ans en 1970, inscrite alors sur la liste des personnes les plus recherchées par le FBI, elle mène depuis 1969 une carrière universitaire. Ses travaux, marqués par la théorie critique et son bagage d’activiste, tournent principalement autour de la question de genre, de la place des Noirs aux États-Unis et du système carcéral. Ses ouvrages les plus connus sont S’ils frappent à la porte à l’aube (Éditions sociales, 1971), Femmes, race et classe (Des femmes, 1983) et Autobiographie (Albin Michel, 1975)

Un homme est mort – Kris et Etienne Davodeau

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1950. Brest est un immense chantier. De la ville fortifiée, aux ruelles étroites, une nouvelle ville va surgir, orthogonale, rectiligne, ordonnée, moderne. Ce sera Brest-la-Blanche, qui deviendra très vite Brest-la-Grise.
Mais face aux revendications salariales des ouvriers travaillant à la reconstruction, les patrons refusent de céder. La grève générale est déclarée. Les chantiers sont immobilisés, les ouvriers de l’Arsenal rejoignent le mouvement.
Et le 17 avril, le drame se produit. La police, dépassée par l’ampleur du mouvement, tire sur la foule, blessant plus de vingt personnes et tuant un homme. Édouard Mazé.
Le lendemain, appelé par la CGT pour tourner un film sur le mouvement, René Vautier débarque clandestinement à Brest. Il est alors recherché par la police suite à un premier film documentaire, Afrique 50, témoignage sans concessions du système colonial français d’après guerre.
René arrive dans une ville en état de siège. Le lendemain ont lieu les obsèques d’Édouard Mazé.
Une foule immense, un peuple entier accompagnera son cercueil.
En s’attachant à la véracité des événements, en respectant la parole des témoins, Kris et Étienne Davodeau nous redonnent l’espoir en l’homme et en sa faculté à lutter pour sa liberté.

Histoire de la vieillesse en Occident – Georges Minois

Histoire de la vieillesse en Occident

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Chaque société sécrète un modèle d’homme idéal, et c’est de ce modèle que dépend l’image de la vieillesse, sa dévaluation ou sa mise en valeur. La Grèce classique, tournée vers la beauté et la force, relègue les vieux à une place subalterne. Au Moyen Age, le vieillard joue son rôle tant qu’il peut tenir le goupillon, l’épée, la bêche ou le livre de comptes. La seule limite est l’incapacité physique. En fait, il n’y a pas de troisième âge: il y a la vie et la mort. A partir du XIVe siècle, le poids des vieux s’accroît dans la société et entraîne un regain de critique contre les vieillards. La satire des mariages entre des hommes âgés et des jeunes femmes revient à la mode, comme elle l’était à l’âge de Plaute. Quant à la Renaissance, elle renoue avec les idéaux des Gréco-Romains. Ronsard recommande de cueillir ” les roses de la vie “, mais dans le même temps, les vieillards actifs n’ont jamais été aussi nombreux: l’amiral Doria, septuagénaire, lutte contre l’octogénaire Barberousse, Michel Ange atteint 89 ans et Le Titien, 99…

L’ambiguïté fondamentale de l’attitude envers la vieillesse se retrouve cependant tout au long des siècles, car si le vieillard se plaint de son grand âge, il en tire gloire et cherche à prolonger ses jours. La fontaine de jouvence n’a-t-elle pas toujours été le plus fol espoir de l’homme occidental?

Né en 1946, agrégé, docteur en Histoire et docteur ès Lettres, Georges Minois est spécialisé dans l’histoire des mentalités religieuses du Moyen Age et de l’Ancien Régime. Il a consacré sa thèse d’Etat à la réforme catholique en Basse-Bretagne. Il enseigne actuellement à Saint-Brieuc.

Un maillot pour l’Algérie – Rey/Galic/Kris

Un maillot pour l'AlgérieUn maillot pour l'Algérie

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L’indépendance par le football : l’histoire vraie de la première équipe nationale algérienne. 1958. Alors que la guerre d’indépendance bat son plein en Algérie, dix footballeurs de ligue 1, que l’on surnommera plus tard « fellaghas du ballons rond », décident de quitter clandestinement la France et de rejoindre les rangs du FLN pour créer la première équipe nationale algérienne. Une histoire vraie méconnue et unique, un roman graphique captivant, qui retrace, au rythme de matchs enflammés, l’un des plus importants épisodes de notre histoire contemporaine.

Hommes et femmes dans l’Antiquité grecque et romaine – Sandra Boehringer, Violaine Sebillotte Cuchet

Hommes et femmes dans l'Antiquité grecque et romaine

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Peut-on porter un regard neuf sur l’Antiquité ? C’est ce que montre cet ouvrage qui propose une analyse originale des sources classiques à travers la question essentielle du genre et de la sexualité.
Ce volume propose un voyage dans le monde gréco-romain à travers une soixantaine de documents commentés et pose un regard différent sur les grandes figures historiques ou mythiques de l’Antiquité et plus généralement sur les hommes et les femmes du temps, leurs actions et leurs fonctions. Cette approche inédite révèle une société autrement subtile que celle que nous a léguée l’imagerie traditionnelle et démontre que le genre comme méthode d’analyse permet une extension du domaine de l’histoire.
Une équipe des meilleurs spécialistes de la période nous offre une vision unique de la société antique en convoquant les plus grands auteurs et des sources de nature variée (poésie, théâtre, histoire, discours d’orateurs, images, inscriptions, etc.). Mêlant réflexion innovante et démarche méthodologique, cette synthèse des travaux récents sur la question fournit à l’étudiant, mais aussi à l’enseignant, un remarquable outil de travail, qui donne un nouveau souffle à la réflexion historienne.

Une histoire populaire des Etats-Unis – Howard Zinn

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Cette histoire des Etats-Unis présente le point de vue de ceux dont les manuels d’histoire parlent habituellement peu. L’auteur confronte avec minutie la version officielle et héroïque (de Christophe Colomb à George Walker Bush) aux témoignages des acteurs les plus modestes. Les Indiens, les esclaves en fuite, les soldats déserteurs, les jeunes ouvrières du textile, les syndicalistes, les GI du Vietnam, les activistes des années 1980-1990, tous, jusqu’aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l’histoire officielle.

Le territoire du vide, l’Occident et le désir de rivage – Alain Corbin

Le territoire du vide

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À l’aube du XVIIIe siècle, les colères de l’océan accentuent la répulsion inspirée par les grèves désertes et lugubres.
Nulle part, excepté dans l’œuvre de rares individus, ne se dit l’admiration pour l’espace infini des flots ; nulle part ne s’exprime le désir d’affronter la puissance des vagues, de ressentir la fraîcheur du sable.
C’est entre 1750 et 1840 que s’éveille puis se déploie le désir collectif du rivage. La plage alors s’intègre à la riche fantasmagorie des lisières ; elle s’oppose à la pathologie urbaine. Au bord de la mer, mieux qu’ailleurs, l’individu se confronte aux éléments, jouit de la sublimité du paysage.
Le long des grèves septentrionales, l’alternance du flux et du reflux, le spectacle d’un peuple de «petits pêcheurs», simple, héroïque et redoutable, conduisent l’errance et la rêverie. Dans le saisissement de l’immersion, qui mêle le plaisir et la douleur de la suffocation, s’élabore une façon neuve d’appréhender son corps.

Essais sur la Chine – Simon Leys

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Durant un quart de siècle, en cinq ouvrages successifs – histoire, témoignages, réflexions -, Simon Leys a proposé une interprétation de la Chine contemporaine qui n’a pas eu le don d’amuser les belles âmes ni les gens futés (politiciens, hommes d’affaires et sinologues dans le vent). On a pourtant jugé bon de rassembler ici ces irritants écrits, pensant qu’ils pourraient aider l’honnête homme et le lecteur de bonne foi à se poser les vraies questions : quelle sera l’issue de la longue et cruelle guerre que Mao et ses héritiers mènent depuis cinquante ans contre leur peuple ? et maintenant, comment se fait-il que, sur les boulevards de Pékin, d’obscurs et chétifs passants trouvent l’audace d’arrêter à mains nues les tanks de la tyrannie ?

“Sa trilogie, Les Habits neufs du président Mao, Ombres chinoises, Images brisées, est bien “l’acquis à jamais” dont parle Thucyclide. Car, observateur, historien et penseur, Leys reste au long de ces pages surtout un homme, et un écrivain, chez qui la science et la clairvoyance se mêlent merveilleusement à l’indignation et à la satire. Ne cessons pas de relire Ombres chinoises, pour constater qu’au siècle du mensonge, parfois la vérité relève la tête et éclate de rire.” Jean-François Revel.

“J’admire la clarté du style de Simon Leys, qui est le résultat d’une pensée disciplinée et sans fard. Comme il aime et respecte passionnément la culture chinoise et le peuple chinois, il démolit cruellement les mythes que l’Occident avait édifiés au sujet de la Chine contemporaine, et pour nous qui n’en connaissions pas les réalités, il y a beaucoup à apprendre dans ses exposés incisifs.” Czelaw Milosz.

Discours prononcé par Monsieur Houphouët-Boigny, ministre d’État au stade Géo-André à Abidjan, le 7 Septembre 1958

Discours prononcé par Monsieur Houphouët-Boigny, ministre d'État au stade Géo-André à Abidjan, le 7 Septembre 1958

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Félix Houphouët-Boigny (1905-93) fut le premier président de la Côte d’Ivoire. Il prononça ce discours peu de temps avant un référendum en septembre 1958 sur l’avenir de l’Afrique occidentale française. Houphouët-Boigny traça le chemin du pays vers l’indépendance, mais appela également à la préservation de liens étroits avec la France, au sein d’une nouvelle communauté française. La Côte d’Ivoire devint de facto un protectorat français dans le cadre d’une série de traités conclus en 1843-44, et une colonie française en 1893. De 1904 à 1958, la Côte d’Ivoire fit partie de la fédération de l’Afrique occidentale française. Avec l’adoption du référendum de 1958, en décembre 1958 la Côte d’Ivoire devint une république autonome au sein de la Communauté française. Le pays devint totalement indépendant le 7 août 1960. Houphouët-Boigny servit en tant que président de 1960 jusqu’à sa mort en 1993. En tant que président, il favorisa des liens étroits avec la France et l’Occident. Il s’opposa aux plans visant à créer une fédération d’Afrique de l’ouest, en partie parce qu’il craignait que la Côte d’Ivoire relativement prospère ait à subventionner les autres membres de la fédération.

La Méditerranée espagnole – Manuel Vazquez Montalban, Eduardo Gonzalez Calleja

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Parler de la Méditerranée n’a pas le même sens, selon que l’on se trouve en Italie ou en Espagne, en Grèce ou en Turquie, en France ou en Egypte, au Liban ou au Maroc… C’est justement pour découvrir la diversité de ces regards et comprendre comment ils ont été façonnés à travers l’histoire que ce travail sur ” les représentations de la Méditerranée ” a été lancé. Cette série de livres en est l’aboutissement. Dix chercheurs et dix écrivains de dix pays (Maroc, Tunisie, Egypte, Liban, Turquie, Grèce, Italie, Espagne, France et Allemagne) ont travaillé ensemble durant près de deux ans pour tenter de mieux comprendre ce que signifie l’idée de la Méditerranée, d’une rive à l’autre. Représentations contrastées d’une Méditerranée plurielle, qui se retrouve dans cette multiplicité de regards et se révèle comme une source d’écriture, territoire de l’imaginaire où prennent forme de nouveaux récits. Cette série de textes inédits nous offre une occasion rare de découvrir la mosaïque des représentations de la Méditerranée.

Race rebelle – Luttes dans les quartiers populaires des années 1980 à nos jours – Rafik Chekkat, Emmanuel Delgado Hoch

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«Le clivage politique racial, sans effacer les autres clivages, est devenu central, déterminant les stratégies des différents acteurs, bousculant les équilibres, provoquant des recompositions du champ politique, des convergences et de nouveaux conflits, qui ne seraient pas intelligibles sans donner sa place à la recrudescence des résistances indigènes» (Sadi Khiari, La contrerévolution coloniale en France). C’est à cette recrudescence des luttes «indigènes» qu’est consacré le présent ouvrage, qui tente de brosser, à gros traits, une cartographie des luttes des habitants des quartiers populaires des années 1980 à nos jours.
De la Marche pour l’égalité et contre le racisme, et ses critiques, aux expériences politiques dans la banlieue lyonnaise, des luttes contre l’islamophobie à la question de l’autonomie noire, en passant par les aléas de l’émergence d’une contre-culture rap, la séquence de luttes ouverte dans les années 1980 marque à coup sûr le surgissement de la question raciale.
Si on s’interroge encore en France sur la manière de combattre le racisme, les auteurs, en évoquant diverses expériences de racisme et de lutte contre ce dernier, s’interrogent sur ce que signifie la race, qu’ils lisent comme un critère de division et de distribution des populations. C’est à l’introduction de la problématique de la race, et à son articulation étroite à celle de la classe et du genre, qu’invite cet ouvrage.

Une analyse critique de cette part d’ombre de la «République».

traces, désirs et volonté d’ètre : l’après-colonie au Maghreb (ouvrage collectif)

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Fruit d’une longue collaboration entre chercheurs italiens, algériens, tunisiens, marocains et français, appartenant à des générations différentes, coloniales et postcoloniales, ce livre aborde la question de “l’après-colonie” au Maghreb en contournant les débats idéologiques et les polémiques épistémologiques actuelles sur les sciences sociales occidentales souvent accusées de pérenniser une nouvelle forme de domination. II se tourne, dans une démarche clairement microsociale, vers des objets et des sources qui ont jusqu’ici très rarement attiré l’attention. Ce faisant, il met au jour, entre présent et passé, des pans entiers de la vie de sociétés maghrébines du XIXe au XXIe siècle qui se révèlent complexes et mixtes : populations migrantes travailleuses ou combattantes sur le sol africain, lieux de production directe inscrits dans la chair des territoires, élaborations conflictuelles d’identités, pratiques de fabrication de liens au long cours. L’ouvrage montre que les traces de ces actions humaines hétéroclites constituent aujourd’hui un patrimoine proprement maghrébin en même temps que nécessairement partagé avec d’autres. Il permet ainsi d’énoncer certaines au moins des questions, informulées voire informulables, que se posent, le plus souvent à l’aveugle, les nouvelles générations des deux rives. Pour la première fois peut-être, un collectif de chercheurs engage ici un désir commun de savoir(s) croisés par-delà les frontières.

 

Mathieu Renault – CLR JAMES la vie révolutionnaire d’un platon noir

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Qui, en France, connaît C.L.R. James ? Né en 1901 à Trinidad, alors colonie de la Couronne britannique, et mort à Londres en 1989, celui que le Times dénomma à la fin de sa vie le “Platon noir de notre génération” est pourtant une figure intellectuelle et politique majeure d’un siècle qu’il aura traversé presque de part en part. Intellectuel diasporique par excellence, militant panafricain de la première heure, James a pris part aux grands mouvements de décolonisation de son temps en Afrique et dans la Caraïbe et fut un acteur de premier plan des luttes noires aux Etats-Unis. Fervent partisan de Trotski avant de rompre avec l’héritage de ce dernier pour défendre la thèse de l’auto-émancipation des masses ouvrières-populages, James eut un destin étroitement imbriqué dans celui du marxisme au XXe siècle. Pour ce “marxiste noir”, révolution socialiste et luttes anticoloniales-antiracistes étaient intimement enchevêtrées : elles s’inscrivaient dans l’horizon d’une “révolution mondiale” dont la source et le centre ne pouvaient plus être la seule Europe. C’est à celle-ci que James s’est voué corps et âme pendant plus de cinq décennies, débattant et collaborant avec ses contemporains aux quatre coins du monde. Dans une conjoncture où la gauche radicale éprouve de grandes difficultés à renouveler ses stratégies face aux revendications des minorités non blanches et où la critique de l’eurocentrisme bat de l’aile, méditer la vie et l’oeuvre de James pourrait se révéler essentiel dans la tâche de construction d’une pensée de l’émancipation qui soit, enfin, à la mesure du monde.

Jack Barnes – Malcom x et le pouvoir ouvrier

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“Ne commencez pas avec les Noirs en tant que nationalité opprimée. Commencez avec la place et le poids d’avant-garde des travailleurs qui sont noirs dans les grandes luttes politiques et sociales dirigées par le prolétariat aux Etats-Unis. De la guerre civile à aujourd’hui, le bilan est ahurissant. C’est la force et la résistance qui vous sidèrent, pas l’oppression.” Jack Barnes. Stimulée par le besoin insatiable du capital en force de travail et en chair à canon pour ses guerres, la migration massive des Noirs du Sud rural des Etats-Unis vers les villes et les usines à travers le continent a jeté les bases de la montée explosive de la lutte de libération des Noirs dans ce pays à partir du milieu des années 1950. Malcolm X en émerge alors comme son plus remarquable dirigeant. Ce mouvement colossal, insiste-t-il, fait partie d’une bataille révolutionnaire mondiale pour les droits humains : “un affrontement entre ceux qui veulent la liberté, la justice et l’égalité et ceux qui veulent maintenir les systèmes d’exploitation.” Tirant les leçons d’un siècle et demi de lutte, ce livre nous aide à comprendre pourquoi c’est la conquête révolutionnaire du pouvoir par la classe ouvrière qui rendra possible la bataille finale pour la libération des Noirs – et ouvrira la voie à un monde basé non pas sur l’exploitation, la violence et le racisme, mais sur la solidarité humaine. Un monde socialiste.

MARZOUKI AILHEM – les mouvements de femmes en Tunisie au XXIème siecle

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face à une société en mutation, les femmes tunisiennes ont créé, depuis le début du siècle un dynamique féminine, véritable mouvement facteur de changements  notables au sein de la société. L’auteur de l’ouvrage nous propose ici une approche socio-historique de cette dynamique dont elle restitue l’environnement social, culturel et politique tout en  analysant l’expression les techniques de propagande et le cheminement des organisations féminines.

nous pouvons ainsi entrevoir comment les femmes tunisiennes sont pleinement devenue objet de l’histoire de leurs pays.

 

Rolande Bosphore Pérou – Militants et militantismes communistes à la Martinique 1920-1971 Identification, forme et implication

 

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A travers diverses sources, notamment sources orales recueillies auprès de militants communistes, sources imprimées puisées dans le journal communiste Justice et aux archives nationales et au PCF, cet ouvrage tend à éclairer sur la ferveur militante d’hommes et de femmes de la Martinique d’une famille politique essentielle dans le courant du XXe siècle. Faire découvrir des Martiniquais dans leur vécu de militants communistes en éclairant sur la force de leur ancrage populaire. Mettre en évidence des pratiques et des stratégies militantes. Confronter les militants communistes aux autres membres de la société martiniquaise. L’analyse se termine par un état de ce qui subsiste des militants et du militantisme communistes. Cet ouvrage a permis de dégager le rôle majeur des militants communistes dans la revendication des deux grands projets statutaires pour la Martinique, l’assimilation-départementalisation et l’autonomie démocratique et populaire. L’étude fait ressortir l’implication des communistes dans l’émergence d’une histoire, d’une culture martiniquaise et leur donne toute leur part dans l’apparition de l’affirmation identitaire à la Martinique. Ce travail recherche positionne donc la militance communiste au centre d’une analyse qui explore l’histoire politique et sociale d’une population. Il examine le façonnement de cette société par un groupe politique prégnant entre 1920 et 1971, ainsi que les réponses de ce groupe face à différents problèmes politiques et sociaux en privilégiant une approche par les acteurs.

odd Shepard – mâle décolonisation L’« homme arabe » et la France, de l’indépendance AIgérienne à la révolution iranienne (1962-1979)

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En 1962, l’indépendance algérienne transforme le rapport des Français aux “Arabes”. L’extrême droite, qui veut contrer tout effort de penser le passé colonial, développe aussitôt un discours non plus centré sur l’empire et sur l’Algérie, mais sur la France elle-même : l’homme arabe, violent, violeur, vorace, vient “envahir” la France par le biais de l’immigration. A partir de Mai 68, un autre discours, arabophile celui-là, tenu par une large partie de la nouvelle gauche, défend un homme révolutionnaire arabe viril, vaillant, qui résiste avec succès à l’oppression, à l’impérialisme, au capitalisme.
Ces deux visions s’affrontent jusqu’à la fin des années 1970, la figure de “l’Arabe” irriguant, contrairement à ce qu’on pensait jusqu’à présent, la plupart des débats politiques et sociaux d’une France aux prises avec la libération sexuelle. A l’intersection de l’histoire du colonialisme et de l’histoire de la sexualité, Mâle décolonisation éclaire cet affrontement et renouvelle en profondeur notre compréhension des années 1960 et 1970, si cruciales pour l’histoire de la France d’aujourd’hui.

Slimane Chikh – l’Algérie en armes

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CHIKH (Slimane) : L’Algérie en armes ou le temps des certitudes. – Paris, Economica, 1981. -24 cm, 510 p.

Je suis sans aucun doute parmi les spécialistes de l’histoire de l’Algérie l’un des auteurs les plus mal placés pour rendre un juste compte de cet excellent livre. Il se trouve en effet que, vu mon ignorance des arcanes de la science politique américaine, je n’arrive pas toujours à mesurer l’importance scientifique des nombreux travaux de politologie qui s’en inspirent. J’ose même avouer qu’il m ‘apparaît souvent que les analyses politico-historiques arrivent à rendre plus clairement ce que la science politique d’inspiration américaine affirme de manière abstraite, compliquée et dogmatique. Péché avoué est à demi pardonné…

Or l’ouvrage de M. Slimane Chikh est issu directement d’une savante thèse de doctorat d’Etat en science politique, seulement allégée des développements méthodologiques. J’ai donc grand peur de n’en pouvoir saisir tous les mérites au plan de la politologie 11 se trouve pourtant que l’auteur, bien que volontairement enfermé dans des grilles d’interprétation de la political science, a su se tenir près du concret et de la du réel. Par là, la recherche politologique de l’auteur, encore qu’encombrée à nos yeux de profane d’un vocabulaire scolastique plus pesant qu’éclairant, reste accessible à l’honnête homme.

On peut donc lire cet ouvrage comme une tentative d’explication de la guerre de l’Algérie et de l’action du Front de libération nationale. Mais le lecteur français y trouvera aussi, à son grand étonnement, toute une étude des attitudes politiques pendant la guerre, une étude relativement objective et parfois perspicace qui nous est donnée de surcroît.

L’auteur a une connaissance exhaustive des travaux publiés en langues française et anglaise, ce dont témoigne la richesse foisonnante de ses notes. En revanche, par un parti pris compréhensible de la part d’un excellent arabisant, M. Slimane Chikh a, semble-t-il, décidé de ne pas recourir aux écrits en langue arabe. Certes, le F.L.N. écrivait en français, mais le combat nationaliste antérieur et la propagande de guerre ont été menés pour en langue arabe et au nom de valeurs d’appartenance islamique. Une étude de caractère historique n’aurait pu se dispenser de souligner le rôle essentiel des motivations proprement musulmanes dans le combat libérateur. La paysannerie algérienne qui a fourni la grande majorité des moudjahidines ne combattit ni pour le socialisme, ni contre l’impérialisme, mais contre l’envahisseur chrétien, contre le Français assimilationniste et pour le retour à l’authentique (c’est-à-dire à la tradition musulmane) et à la dignité d’hommes libres.

M. Slimane Chikh, qui ne l’ignore pas, est plus intéressé cependant par l’aspect du combat et du projet révolutionnaire, par l’analyse des conflits de légitimité entre les diverses instances du pouvoir révolutionnaire. Il insiste à juste titre sur l’importance capitale de l’aspect international du conflit. Dans l’évolution de la lutte de libération il montre que la seule courbe continuellement ascendante est celle de l’action C’est par elle que le F.L.N. a finalement triomphé.

L’ouvrage qui est écrit, répétons-le, dans une perspective politologique, recherche surtout dans l’histoire du F.L.N. les plans qui peuvent être éclairés à la lumière des réalisations de la phase d’édification nationale, celle qui a succédé à la phase de lutte armée. C’est ce processus de recherche qui gêne le plus l’historien pour qui le passé n’a pas à être expliqué par le présent. Mais l’historien le plus traditionaliste ne peut manquer d’être sensible à l’esprit critique de l’auteur, qui introduit avec mesure ce que l’on pourrait appeler une approche

 

révisionniste de l’histoire officielle de la Révolution algérienne. On remarquera le sous-titre du livre, Le temps des certitudes. Serait-ce à dire que pour l’auteur ce temps doit prendre fin ? On croit le comprendre à diverses notations : par exemple, l’auteur rapporte le point de vue officiel sur le massacre de Melouza «commis par l’armée française» ( ?) tout en laissant entendre qu’une enquête plus systématique s’imposerait. On eut aimé certes que Slimane Chikh pût aller plus loin, mais sa démarche de 1975 était en soi un signe d’espoir. Et son introduction qui, elle, date de 1981 est tout à fait encourageante : «II s’agit de dépasser le niveau idéologique de l’histoire justificatrice pour arriver au niveau de l’histoire critique qui a moins le souci de l’auto-justification que celui de l’auto-critique.» A cette remarque nous reconnaissons avec certitude que le temps de l’histoire scientifique est arrivé.

Charles-Robert AGERON (Univ. de Paris XII)

Mostafa Lacheraf – l’Algérie nation et société

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Nation-état ou nation-communauté ou simple patrie solidairement agissante, et par cela même « nationale », quelque chose existait qui a permis à l’Algérie de s’opposer, au cours de 130 ans, à une grande puissance impérialiste et la forcer, en définitive, à capituler. Quand, pour un problème analogue, Lucien Febvre parle de l’idée de nation dans la France du XVIIIe siècle, on est porté, au moins par modestie, à partager son point de vue en l’appliquant au cas précis de l’Algérie.

L’Algérie, nation et société, dont la première parution, en 1965, aux éditions François Maspero a été saluée par la classe intellectuelle de l’époque comme un événement, est un recueil d’études et de réflexions de Lacheraf sur différentes problématiques liées à l’histoire de l’Algérie. D’une lucidité remarquable, elles portaient sur des thèmes qui étaient et restent encore aujourd’hui d’une actualité certaine. Leur publication, à l’époque, était un acte de courage politique.  On relèvera, entre autres titres : Colonialisme et féodalité, Quelques aspects méconnus de la révolution algérienne, Mésaventures de l’Algérie indépendante et triomphe de l’unité, Réflexions sociologiques sur le nationalisme et la culture en Algérie.

L’ouvrage demeure une référence incontournable pour qui veut aujourd’hui s’informer des questionnements autour des centres d’intérêt majeurs de l’histoire de l’Algérie durant  la seconde moitié du XXe siècle

Pierre Vidal-Naquet -les crimes de l’armée française Algérie 1954-1962

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« Ce petit livre est destiné à rappeler les crimes de l’armée française. Je dis bien de l’armée française, non de quelques officiers. Même si la majorité de l’armée a occupé le terrain plus qu’elle n’a torturé ou massacré […], elle n’a jamais désavoué ceux qui égorgeaient, coupaient les têtes, mutilaient les femmes, les hommes et les enfants d’“en face”. »
Cet ouvrage est un document contre l’oubli. À l’heure où la question de la torture pratiquée par les militaires français pendant la guerre d’Algérie revient sur le devant de la scène politique, la réédition de cet ouvrage, publié pour la première fois en 1975, offre une nouvelle occasion de regarder la vérité en face et de reprendre un travail jusqu’à présent inachevé : celui de la mémoire.
Document exceptionnel, Les crimes de l’armée française rassemble en effet des textes émanant des autorités militaires, politiques et administratives françaises et des témoignages d’officiers et de soldats. Ils apportent la preuve de ces crimes dont l’armée française s’est rendue coupable en Algérie, mais aussi en Indochine, et dont les responsables ont tous été amnistiés sans avoir même jamais été sérieusement inquiétés.

Benjamin sStora – messali hadj (1898-1974) pionnier du nationalisme algérien

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Messali Hadj fut le fondateur du nationalisme algérien. Dès 1926, avec l’Etoile nord-africaine et jusqu’au MNA (Mouvement national algérien) en 1954, il n’a cessé d’animer des organisations nationalistes afin d’obtenir l’indépendance de son pays. Après l’insurrection déclenchée par le tout nouveau FLN en novembre 1954, la lutte fratricide entre « messalistes » et « frontistes », au sein mème du mouvement de libération, sera extrèmement sanglante, tant en Algérie qu’en métropole, dans l’immigration. Assigné à résidence en France, Messali Hadj perd peu à peu son influence, au point d’ètre totalement marginalisé et longtemps ignoré de l’histoire officielle algérienne. Pourtant, son rôle fut considérable. En le remettant en lumière, ce livre apporte aussi quelques éléments de réponses à plusieurs questions: comment Messali pensait-il le rapport entre lutte sociale et lutte nationale ? Quelle place accordait-il à l’islam dans la prise de conscience nationaliste ?
Avec cet ouvrage, Benjamin Stora exhume un pan longtemps oublié de l’histoire de la colonisation algérienne et de la guerre d’Algérie.

Alfred Adler – Hegel et l’Afrique

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La conscience africaine se voit trop souvent caractérisée par son immédiateté et son innocence. Un chef d’État français n’a-t-il d’ailleurs pas récemment déclaré aux élites intellectuelles africaines, à l’université de Dakar, que leur continent n’était pas assez entré dans l’Histoire ? Au-delà de ces clichés, comment penser l’Afrique noire dans un monde où l’Occident a prétendu pendant plus de cinq siècles dominer tant les échanges commerciaux que les échanges d’idées ?

Dans une démarche à la fois anthropologique, historique et philosophique, Alfred Adler répond à cette question en s’intéressant à l’œuvre d’Hegel. Ce penseur a, en effet, été convoqué par de nombreux philosophes africains tant pour utiliser sa dialectique libératrice que pour réfuter son discours professoral sur l’Afrique qui pâtissait de ses préjugés. Revenir vers le texte hégélien afin d’en extraire la substance intellectuelle toujours vivante et stimulante en la confrontant à l’histoire de l’Afrique, en particulier les empires de Ghana et Songhay : tel est l’objet de cet ouvrage.

En se confrontant à l’« essence » de l’homme africain selon Hegel et à l’idée qu’en Afrique, il n’y a pas de place pour l’éclosion des idées, Alfred Adler nous invite à théoriser une histoire et une conscience propres à ce continent. À l’Afrique, dès lors, de s’inventer un destin.

William Gallois. – A History of Violence in the Early Algerian Colony

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William Gallois. 2013. A History of Violence in the Early Algerian Colony. Basingstoke:
Palgrave Macmillan. 207 pp.
In recent years the Algerian nineteenth century has benefitted from an abundance of new
studies, as authors seek to build upon standard accounts of the conquest and its aftermath.
Many of these examine the violence inherent in the colonization process, presenting the early
imperial experience as coercive and disruptive, engendering physical assault, hegemonic social,
political, and economic institutions, or the manipulation of environmental, cultural, and
architectural norms and practices. The latest entry into the field is Willaim Gallois’s A History of
Violence in the Early Algerian Colony, a book that provides a long overdue reassessment of the
1830-48 wars of conquest in Algeria, based upon archival material from the Service historique
de la défense and a variety of published first-hand accounts, including memoirs, diaries, and
letters.
For Gallois, violence was not simply the collateral damage of a colonial military campaign.
Rather, the French unleashed a barrage of massacres and destruction that decimated entire
tribal communities, inflicting thousands of casualties while sustaining virtually no damage
themselves. Its purpose was not to defeat the enemy, but to communicate the necessity of
complete submission to French authority. Thus to Gallois, violence in Algeria formed an
integral component of the French colonial mind from the very beginning, rather than appearing
only under settler rule or during the 1954-62 Algerian War. Of course, this strategy was based
upon the assumption that Arabs and Kabyles were savages, unable to comprehend anything
but brutality. In this regard, Gallois interestingly notes the influence of a series of works
purporting to describe Barbary pirates who combined Islamic zealotry with the torture and
murder of Europeans, which informed the views of French soldiers, ministers, and public alike.
Although the truth was far less lurid—shipwrecked sailors mostly received food and shelter
and not agonizing death or forced conversion—Prime Minister/Minister of War Nicolas Jeande-Dieu
Soult and the High Command ordered that any soldier’s death would be avenged
against the public at large, leading to the destruction of entire villages. Rumours of jihad,
ambushes, and mutilation fed French military frenzy, evolving into a push for total domination.
As Gallois adroitly observes, the more sedate Algerian reality threatened to foil plans to use
violent means to implement highly profitable colonial trade, a settler society, and military
government. Hence Governor General/military commander Thomas Bugeaud resorted to
exaggeration, portraying rebel leader Abd-el-Kader as a dangerous opponent, a fabrication used
alongside the threat of Moroccan or British intervention to justify the human and material costs
of occupation. This set the stage for a battle between “legalist” proponents of the mission
civilisatrice who desired a military campaign in keeping with Gallic laws and “civilization,” and
Bugeaud’s concept of total war, which in practice meant official tolerance of rape, murder, and
massacres. Any tribe that refused to obey French directives faced the razzia, typically seen by
historians to involve physical mass murder, but broadened by Gallois via a highly original
typology of violence in French Algeria. In addition to mass killings, there were assaults on
resources (principally food seizures, which simultaneously starved the conquered while feeding
undersupplied French troops), lifeworld/environmental cases (the eradication of tribes through
the elimination of their habitat, including the burning of crops), and finally exterminatory
forays in which soldiers were permitted to kill at will.

Ronald Greagh – Histoire de l’anarchisme aux États-Unis d’Amérique : les origines, 1826-1886,

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L’histoire américaine, conflictuelle ou consensuelle, a longtemps ignoré l’autre côté de la scène. Il n’est pas mauvais qu’il soit mis à nu par un historien de ce côté-ci de l’Atlantique, dans un de ses aspects essentiels, l’anarchisme. Déjà connu pour plusieurs ouvrages sur ce thème, Histoire de l’anarchisme aux Etats-Unis (Grenoble, 1981) et Laboratoires de l’utopie. Les communautés libertaires aux Etats-Unis (Paris, 1983), Ronald Creagh publie le texte intégral de sa thèse soutenue en Sorbonne il y a quelques années, avec notes, annexes, bibliographie et index. Qu’est-ce que l’anarchisme ? L’auteur s’attache à le définir par rapport à des concepts voisins, tels que libertarisme, communisme, antiétatisme, toutes manifestations du rejet de l’autorité. Il limite son étude au XIXe siècle, la terminant avec l’épisode tragique de Haymarket Square en 1886, qui marque une rupture brutale dans le déroulement de l’anarchisme américain.

L’intérêt de cette thèse est dans la liaison étroite entre les hommes et leurs idées. Si le lecteur y trouve un exposé des idées anarchistes, il est inséparable de ceux qui les ont exprimées et des mouvements auxquels ils ont été mêlés. Certes, les Etats-Unis présentaient un terrain favorable pour le développement des idées anarchistes en raison de leur devenir historique, de leur fédéralisme qui donne une extrême autonomie aux communautés locales, des traditions religieuses fondées sur le libre abritre et la coexistence des actes. D’où l’établissement, dès la première moitié du XIXe siècle, de colonies utopiques, de phalanstères, associés aux noms de Cabet et de Fourier, avec des fortunes diverses, et rarement heureuses. Une tradition anarchiste américaine s’implante dès le milieu du XIXe siècle avec Lysander Spooner, l’un des pionniers, peu connus, de l’anti- esclavagiste, et Josiah Warren, le véritable pionnier de la philosophie anarchique. Le relais se fait ensuite par des immigrants européens, essentiellement allemands et français, au lendemain des révolutions de 1848. Il en résulte une implantation d’organisations anarchistes sur le sol américain, sous la forme, entre autres, de l’Association Internationale des Travailleurs, à l’existence éphémère, car elle ne réussit à canaliser ni les tendances anarchistes ni les tendances socialistes. C’est dans d’autres directions que s’oriente le mouvement anarchiste aux Etats-Unis, vers l’anarchisme individualiste avec Benjamin R. Tucker, le rédacteur de Liberty, principal organe libertaire publié de 1881 à 1892, et vers des formes plus révolutionnaires avec l’immigrant allemand Hohann Most, plus radical dans sa déclaration de Pittsburgh (1883) qui rallie les extrémistes. Socialisme révolutionnaire ou communisme anarchique ? Il est difficile de faire un choix, mais les années 80 sont celles d’un anarchisme violent, qui débouche sur l’épisode terroriste de Haymarket. Provocation policière et coup monté pour décapiter le mouvement anarchiste, la chose ne paraît plus faire de doute, et Creagh apporte de nombreux arguments en faveur d’une pareille interprétation. En même temps, le mouvement affronte une véritable crise d’identité qui le laisse désemparé dans cette fin de siècle. Certains sympathisants sont tentés par les Chevaliers du Travail, d’autres par la naissante American Federation of Labor, en attendant les International Workers of the World où ils se trouvent plus à l’aise. Parvenu à ce point, l’anarchisme américain n’a pu progresser que grâce à des apports extérieurs, une véritable transfusion alimentée par l’immigration de Juifs, de Russes, d’Italiens, de Français, eux-mêmes à l’avant-garde des mouvements révolutionnaires européens. Cette nouvelle page, elle reste encore à écrire, et il faut souhaiter que Ronald Greagh fasse preuve de la même maîtrise qu’il a déployée pour l’anarchisme du XIXe siècle.

Tel qu’il est, cet ouvrage est une contribution de premier ordre à l’histoire de l’underground, et fait honneur aux historiens français des Etats-Unis.

Université Panthéon – Sorbonne. Claude Fohlen.

Benjamin Stora – LES GUERRES SANS FIN

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Écrire l’histoire au présent n’est pas une mince affaire, particulièrement quand il s’agit de l’histoire des relations entre la France et l’Algérie, marquées par un siècle de colonisation, une guerre d’indépendance sans merci, des mémoires identitaires à vif, celle des pieds-noirs, des appelés, des harkis, des Algériens combattants, ou celle des immigrés. Depuis plus de trente ans, Benjamin Stora s’est consacré à ces allers-retours entre histoire et mémoires. Son livre est une réflexion sur la manière d’écrire cette l’histoire complexe ; mais pose aussi la question de la fonction de l’histoire et de l’historien dans les réconciliations nationales, en France et en Algérie, et aussi entre ces deux pays tellement liés l’un à l’autre.

Historien de la colonisation et des guerres coloniales, Benjamin Stora a publié de nombreux ouvrages dont, en « Pluriel », La guerre d’Algérie, La fin de l’amnésie (avec Mohamed Harbi) ; Les trois exils. Juifs d’Algérie ; Messali Hadj ; La dernière génération d’Octobre ; François Mitterrand et la guerre d’Algérie (avec François Malye) ; et De Gaulle et la guerre d’Algérie

Philippe Aries – Le Temps De L’Histoire

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“Tout en conservant et en perfectionnant son outillage scientifique de recherche, l’Histoire se conçoit comme un dialogue où le présent n’est jamais absent. Elle abandonne cette indifférence que les maîtres d’autrefois s’efforçaient de lui imposer.

 

L’historien d’aujourd’hui reconnaît sans honte qu’il appartient au monde moderne et qu’il travaille à sa manière à répondre aux inquiétudes – qu’il partage – de ses contemporains. Son optique du passé demeure liée à son présent – un présent qui n’est pas seulement une référence de méthode. Désormais, l’Histoire cesse d’être une science sereine et indifférente. Elle s’ouvre au souci contemporain dont elle devient une manière d’être dans le temps de l’homme moderne.

 

A une civilisation qui élimine les différences, l’Histoire doit restituer le sens perdu des particularités.”

Philippe Ariès.

MOGNISS H. ABDALLAH – RENGAINEZ, ON ARRIVE !

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Chroniques des luttes contre les crimes racistes ou sécuritaires,
contre la hagra policière et judiciaire (des années 1970 à aujourd’hui)

« Que justice soit faite » : après chaque drame, familles et ami-e-s des victimes de crimes racistes ou sécuritaires sont partagés entre douleur et révolte, ils sont aussi tentés de croire à une justice immanente, à une réparation symbolique pour la vie irrémédiablement volée. Mais ils (re)découvrent alors la hagra – le mépris et l’injustice – d’une société fière d’afficher les principes d’égalité mais qui, en pratique, se crispe dans le déni de ses discriminations sociales ou racistes systémiques et qui, pour se couvrir, peut aller jusqu’à absoudre un « homicide excusable » lorsqu’un policier tue d’un tir dans le dos.

Paroxysme d’une expérience vécue au quotidien, cette hagra constitue bien souvent le point de départ d’une prise de conscience politique et de formes d’organisation autonomes, d’une expression culturelle foisonnante et de nombreuses mobilisations collectives, notamment dans les quartiers populaires, pour obtenir « vérité, justice, reconnaissance » et pour inscrire la mémoire des disparus dans la mémoire collective.

Ce document propose une plongée dans certaines de ces luttes, du point de vue des acteurs et actrices, en s’appuyant sur leurs propres archives politiques ou culturelles (chansons, journaux, tracts, dessins, affiches, émissions de radios libres, théâtre, films etc.) : il remémore ainsi l’action des Copains de Kader à Vitry et celle des ami-e-s de Lahouari Ben Mohamed à Marseille ou l’autodéfense antifasciste à Bondy au début des années 1980, revient sur la genèse de la marche pour l’Égalité et contre le racisme de 1983, sur les mobilisations pour Malik Oussekine et Abdel Benyahia, Aïssa Ihich et Youssef Khaïf à Mantes-la-Jolie, en passant par Djillali Ben Ali et Mohamed Diab au début des années 1970. Il se conclut par un rappel des révoltes de l’automne 2005 consécutives à la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois et s’interroge sur la coexistence entre critique radicale et réformisme pragmatique au sein de mobilisations qui cherchent à mieux se coordonner.

« Rengainez, on arrive ! » – un des cris de ralliement de la marche pour l’Égalité –, souligne les attentes, les dynamiques internes, les acquis et les limites ou contradictions de ces luttes. Sans complaisance donc avec « la part de bluff » propagandiste, ces chroniques entendent renouer avec la pratique militante du bilan autocritique, pointer les apparitions médiatiques spectaculaires mais éphémères, le « travail d’agitation politique sans suite », les analyses générales surdéterminées par une dénonciation incantatoire sans s’attacher aux réalités complexes et aux singularités de chaque situation. Avec comme perspective de creuser des pistes pour constituer des rapports de forces plus favorables dans les combats politiques et judiciaires à venir.

Mohammed Harbi – les archives de la revolution algérienne

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Vingt ans presque après l’indépendance de l’Algérie, une histoire scientifique de la guerre de libération reste encore à écrire. Les événements sont encore trop récents, les acteurs en place, et toutes les passions ne sont pas encore totalement apaisées. Aussi n’est-il guère étonnant que l’histoire coloniale seule ait fait l’objet d’études approfondies parmi lesquelles celles de Charles-André Jullien et Charles-Robert Ageron sont indispensables. La période postérieure à l’insurrection de la Toussaint 1954, elle, n’a donné lieu qu’à des récits fort disparates, soit de type journalistique (Y. Courrière) ou engagée (H. Alleg ou Jouhaud…). Seuls quelques historiens anglo-saxons ont pu prendre le nécessaire recul comme Ali- stair Horne ou John Tallbott.

Ceci montre tout l’intérêt de la somme rassemblée, commentée et replacée dans son contexte par Mohammed Harbi. Ce militant de

la première heure, qui adhéra à quinze ans en 1948 au PPA-MTLD, fut négociateur à Evian en 1961- 1962, puis conseiller de Ben Bella de 1963 à 1965. Depuis il a connu le chemin de l’exil et s’est livré à des recherches historiques. On lui doit une très intéressante histoire : Le FLN, mirage et réalité des origines à la p. .se du pouvoir (1945-1962) i. Ici il a réuni dans Les archives de la révolution algérienne 121 documents provenant directement des principaux témoins de ce drame historique. Ces documents sont intéressants car ils éclairent les nombreuses discussions, analyses ou oppositions qui ont accompagné la lutte des combattants algériens. En un style direct, dépourvu de sous-entendu, c’est le fond d’une pensée militante qui se livre au lecteur. On admire la vision des initiateurs. Dans un rapport de décembre 1948 Ait Ahmed trace d’emblée la ligne d’action qui sera poursuivie avec acharnement et succès jusqu’en 1962. Tout ou presque est admirablement perçu : la France défendra bec et ongle sa colonie de peuplement, le soulèvement de masse est une forme d’action inadaptée, la révolution prolétarienne un leurre. Seule la guerre des partisans, issus des campagnes, permettra la victoire.

Mais dans l’ensemble, en dehors de ce rapport-clef, les documents sur la période antérieure à 1954 sont relativement rares. L’absence de sources françaises se fait ici sentir. La suite des événements est mieux retracée en revanche. Luttes d’influence à l’intérieur du mouvement national au sein duquel le vieux leader Messali Hadj reste puissant et actif jusqu’en 1957. Désarroi des moudjahidin à partir de 1958 à la suite du verrouillage des frontières marocaine et tunisienne opéré avec succès par l’armée française.

Quelques documents éclairent l’état d’esprit de l’opinion publique et de la classe politique en France. On se voit confirmer aussi de source algérienne que la chute du gouvernement Mendès-France au début de 1955 fut accueillie en Algérie comme la faillite des derniers espoirs d’une solution pacifique. C’est alors, par immobilisme, par incompréhension ou par soumission aux intérêts des colons que la France perdit l’Algérie. Tout au long de ces années on découvre que la détermination et la conviction des Algériens ne faiblissent guère.

Ce recueil apporte également et surtout des lumières nouvelles sur l’action diplomatique du FLN et du GPRA. A partir de 1958-1959, l’action extérieure sera privilégiée par rapport au combat sur le terrain. La victoire algérienne a surtout été obtenue par la diplomatie. Toutes lés ressources de la dialectique furent ici utilisées et poussées à fond. Faute d’avoir pu isoler la France parmi ses partenaires de l’OTAN, le FLN s’est tourné à la

fin 1958 vers l’Est sans pour autant aliéner sa liberté. Au Maghreb il a négocié, partenaire le plus faible, pied à pied avec le Maroc et la Tunisie qu’il inquiète à bien des reprises. Il ne cède rien au puissant protecteur égyptien. Il gagna l’appui des Africains et des Asiatiques, ce qui lui permit de porter la question algérienne à l’ONU.

Toutes les orientations, le style même de la diplomatie de l’Algérie indépendante se dévoilent avec clarté. « Quelles que soient les circonstances, nous n’abandonnerons jamais nos positions neutralistes » (entretiens algéro-yougoslaves du 12 avril 1961).

Ce recueil de textes, qui par nature ne pouvait qu’être incomplet, effectue une véritable leçon d’histoire.

Eugène BERG

Olivier Le Cour Grandmaison- Coloniser. Exterminer

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Quelles furent les spécificités des conflits coloniaux engagés par la France en Afrique du Nord et ailleurs ? Que nous apprennent les méthodes singulières ? enfumades, massacres de prisonniers et de civils, razzias, destructions de cultures et de villages ? couramment employées par les militaires français sur la nature de la guerre conduite pour pacifier l?ancienne Régence d?Alger ? Pourquoi de nombreuses mesures racistes et discriminatoires ont-elles été élaborées puis appliquées au cours de la conquête et de la colonisation de l?Algérie ? Comment furent-elles codifiées sous la Troisième République puis étendues aux nouveaux territoires de l?empire tels que l?Indochine, la Nouvelle-Calédonie et l?Afrique-Occidentale française ?

Telles sont quelques-unes des questions auxquelles cet ouvrage entend répondre. En effet, la conquête puis la colonisation difficiles et meurtrières de l?Algérie doivent être considérées comme une sorte de vaste laboratoire au sein duquel des concepts ? ceux de «races inférieures», de «vie sans valeur» et d?«espace vital», promis à l?avenir et aux usages que l?on sait ? furent forgés. De même, on découvre les origines de nouvelles techniques répressives ? l?internement administratif et la responsabilité collective notamment ? qui, avec le Code de l?indigénat adopté en 1881, firent de l?Etat colonial un état d?exception permanent. Plus tard, l?internement fut même importé en métropole pour s?appliquer, à la fin des années 1930, aux étrangers d?abord, aux communistes ensuite puis aux Juifs après l?arrivée de Pétain au pouvoir.

S?appuyant sur quantité de documents peu connus voire oubliés, sur la littérature aussi, cette étude originale et dédisciplinarisée éclaire d?un jour nouveau les particularités du dernier conflit qui s?est déroulé entre 1954 et 1962, mais aussi les violences extrêmes et les guerres totales qui ont ravagé le Vieux Continent au cours du XXe siècle.

Alexandre Bennigsen – Les mouvements nationaux chez les musulmans de russie. – le “sultangalievisme” au tatarstan.

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Mirsäyet Soltanğäliev (en russe : Мирсаид Хайдаргалиевич Султан-Галиев, en tatare Мирсәет Солтангалиев, également restranscrit Mirsaïd Sultan-Galiev ; 1892–1940), est un bolchevik tatar qui entra par la suite en résistance contre le pouvoir du PCUS.

Sultan-Galiev était le fils d’un instituteur, né le 13 juillet 1892 à Elembet’evo, un village du gouvernement d’Oufa(aujourd’hui en Bachkirie) dans l’Empire russe.

Il a eu une enfance difficile et pauvre. Professeur d’école, son père gagnait mal sa vie — il avait 12 enfants — et il était fréquemment muté. D’autre part, ses parents avaient des relations tendues parce qu’ils venaient de milieux différents de la société tatare. Sultan-Galiev écrivit plus tard : « Ma mère était la fille d’un prince, un noble, alors que mon père était un simple “Mishar”  ». Ce qui assez souvent piqua au vif mon père. Ses parents ne pouvaient pas se permettre de l’envoyer dans une école privée, mais Sultan-Galiev a pu apprendre à lire et à écrire avec son père et aussi grâce à la « nouvelle méthode de l’enseignement maktab » (enseignement coranique traditionnel) fondée par Ismail Gasprinski (1851-1914). Dès son jeune âge Sultan-Galiev a étudié le russe et lu beaucoup de classiques dans la bibliothèque de son père. À l’école de son père, il étudie jusqu’à l’âge de 15 ans, le tatar et l’arabe, l’histoire, la géographie et les mathématiques, les bases du Coran et de la Sharia. Sa connaissance du russe l’a considérablement aidé pour l’entrée à l’école normale d’instituteurs de Kazan en 1907.

Sultan-Galiev a d’abord été séduit par les idées révolutionnaires de 1905. Après la défaite de la révolution, il s’installe à Bakou, où il attire l’attention de Nariman Narimanov. Il découvre les idées révolutionnaires pendant ses études à Kazan. À cette époque, il reçoit ses premières leçons de socialisme avec le futur bolchevique A. Nasybullin et le futur Basmachi A. Ishmurzin.

Diplômé de l’université en 1911, Sultan-Galiev commence sa carrière comme « famélique professeur et bibliothécaire de l’école de village ». En 1912, il commence à publier des articles dans divers journaux en russe et en tatar, sous différents pseudonymes tels que « Sukhoi », « Syn naroda » (fils du peuple), « Uchitel Tatarin (l’enseignant Tatar) », « Karamas kalinets », puis à partir de 1914 sous son propre nom. Durant la même période, il a également secrètement distribué des tracts anti-gouvernementaux dans les villages musulmans du gouvernement d’Oufa et s’est prononcé contre l’installation de Tatars russe ou christianisés comme enseignants dans les écoles musulmanes4.

Comme la plupart des gens de sa génération, la Première Guerre mondiale a joué un grand rôle dans son évolution personnelle. Avec le début de la guerre, lui et son épouse Rauza Chanysheva sont mutés à Bakou. Il commence à écrire pour une grande variété de journaux. Au contact de la population cosmopolite de la ville (Azerbaïdjanais, Arméniens, Géorgiens, Russes, Tatars et Iraniens), il ressent une insatisfaction croissante à l’encontre de l’autocratie tsariste, sa résistance à la réforme et ses trafics sur l’effort de guerre. Le climat politique à Bakou combiné avec le mouvement anti-conscription de 1916 qui soulève les musulmans d’Asie centrale, l’amènent à rompre avec le jadidisme réformiste de sa jeunesse et à adhérer au socialisme révolutionnaire.

En mai 1917, Sultan Galiev participe à la Conférence musulmane panrusse de Moscou et est élu au nouveau Conseil des musulmans de Russie. En juillet, il est à Kazan, où il rencontre Mullanur Waxitov avec qui il met en place le Comité socialiste musulman, proche des bolcheviks. En novembre 1917, il rejoint la fraction bolchevique du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). Après la création du commissariat aux Nationalités (Narkomnats) en juin 1917, il devient chef de la section musulmane. En janvier 1918, le Commissariat Central des Affaires musulmanes de Russie intérieure et de Sibérie (Muskom), est mis en place sous la présidence de Waxitov ; Sultan-Galiev y siège en tant que représentant du Parti communiste russe. Il est nommé président du Collège militaire musulman créé en juin 1918. Il écrit pour Zhizn ‘ Natsional’nostei (La Vie des nationalités), Mustafa Suphi est son secrétaire.

Fervent lecteur de la littérature russe, il a traduit des œuvres de Tolstoï et de Pouchkine en langue tatare. En 1913, il épouse Rauza Chanysheva, devenue une figure de proue du mouvement des femmes. Ils se séparent après des problèmes personnels en 1918.

En décembre 1917, en réponse aux accusations de certains Tatars l’accusant d’avoir trahi son propre peuple pour les bolcheviks, Sultan-Galiev écrit une explication révélatrice :

« J’en viens maintenant à ma collaboration avec les Bolcheviks. Je veux dire la chose suivante : je ne m’associe pas à eux par flagornerie. L’amour de mon peuple qui m’habite, me tire vers eux. Je ne vais à eux pour trahir notre nation, pas pour boire son sang. Non! Non ! J’y vais parce que je crois en la justesse de la cause des Bolcheviks. Je sais cela, c’est ma conviction profonde. Ainsi, rien ne sera enlevé de mon âme (tatar). Je me rends compte que seule une partie des Bolcheviks était en mesure de mettre en œuvre ce qui était promis au début de la Révolution. [Mais] ils ont arrêté la guerre ; ils s’efforcent de remettre le destin des nationalités entre leurs propres mains. Ils ont révélé publiquement qui a commencé la guerre. Pourquoi n’irais je pas vers eux ? Ils ont aussi déclaré la guerre à l’impérialisme anglais, qui opprime l’Inde, l’Égypte, l’Afghanistan, la Perse et l’Arabie. Ils sont aussi ceux qui ont levé les armes contre l’impérialisme français qui asservit le Maroc, l’Algérie, et d’autres États arabes d’Afrique. Comment pourrais-je ne pas aller vers eux ? Vous voyez, ils ont dit des mots qui n’ont jamais été exprimés depuis la création du monde, dans l’histoire de l’État russe. Ils ont lancé un appel à tous les musulmans de la Russie et de Sibérie annonçant qu’Istanbul doit rester entre les mains des musulmans. Ils ont fait cela alors que les troupes anglaises occupant Jérusalem, en appelaient aux Juifs: « Rassemblez vous rapidement en Palestine, nous allons créer pour vous un État européen. »

Pendant la guerre civile, il est actif dans l’organisation de la défense de Kazan contre les Blancs en août 1918 puis dans la liquidation de l’opposition après qu’ils en eurent été chassés. Il a également contribué à faire que les populations bachkires, dirigées par Zeki Velidi, rejoignent les bolcheviks affaiblissant ainsi le potentiel militaire de l’armée de Koltchak. Sa connaissance des mouvements nationaux de Sibérie lui a valu la confiance de Staline et de hauts responsables du gouvernement. Sultan-Galiev effectua de nombreuses tâches sur l’ordre personnel de Staline. En avril 1919, il est envoyé à nouveau sur le front oriental pour soutenir le moral de la division 21 Tatar au Malmysh après l’offensive de printemps de Koltchak qui avait forcé l’Armée rouge à abandonner Ijevsk. En juin 1919, il est renvoyé à Kazan, à la demande de l’administration bolchevique locale pour aider à résoudre la question nationale chez les Tatars, mais il est bientôt rappelé à Moscou par Lénine pour travailler sur la question de la nationalité dans les Narkomnats jusqu’en 1922.

Sultan-Galiev a voulu donner une version musulmane au marxisme faisant valoir que les Russes tsaristes avaient opprimé les sociétés musulmanes et pas seulement quelques grands propriétaires fonciers et autres bourgeois. En dépit de cette tentative de synthèse, il était vu par les Bolcheviks comme excessivement tolérant à l’égard du nationalisme et de la religion et en 1923, il est accusé de déviation nationaliste panislamique et panturque, arrêté et chassé du parti. Il est libéré, mais avec la mort de Lénine en 1924, il perd son seul protecteur et reste donc un paria politique, constamment surveillé par la sécurité d’État. Durant ces années, il passe son temps à voyager pour la Fédération de la Chasse et écrit des critiques occasionnelles et des traductions. Il est accompagné de sa seconde épouse Fatima Yerzina, épousée en 1918 et de leurs deux enfants. En 1928, il est arrêté une deuxième fois et condamné en juillet 1930 à être fusillé. Mais en janvier 1931, sa peine est commuée en dix ans de travaux forcés pour nationalisme et activité antisoviétique. En 1934, il est libéré et obtient la permission de vivre dans l’oblast de Saratov. Au début de 1937, il est de nouveau arrêté et contraint de faire une autocritique. En décembre 1939, il est condamné à la peine de mort et exécuté le 28 janvier 1940 à Moscou. Staline n’était pas favorable à la tentative de Sultan-Galiev de faire la synthèse entre l’islam, le nationalisme et le communisme et à prêcher la révolution parmi les régions musulmanes. Staline le fit condamner comme leader indépendant « musulman » .

Alfred-Louis de Premare – Les Fondations de l’Islam

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De l’université de Provence, Alfred-Louis de Prémare est professeur émérite, historien du monde arabo-islamique et enseignant-chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) d’Aix-en-Provence.

A quelles conditions peut-on rendre compte des premiers moments de l’islam ? Quels sont les documents, externes ou internes, qui en rendent compte et dans quel contexte général ? Marchands, conquérants ou scribes, qui étaient Muhammad, ses compagnons des commencements et leurs successeurs des premières générations de musulmans ? Par quels moyens ont-ils assuré l’expansion de la umma islamique et de ses conceptions propres ? La umma de Muhammad a-t-elle suivi, contré ou transformé les traditions religieuses existant avant elle au Proche-Orient ? Sommes-nous en mesure de reconstituer pas à pas les étapes de production du corpus coranique et du Hadîth ?

C’est à ces questions qu’Alfred-Louis de Prémare apporte des éléments de réponse en présentant et analysant, selon leurs modes particuliers d’écriture, les données qui sont aujourd’hui à la disposition de l’historien. La prise en compte sérieuse de ces données est, en effet, l’une des conditions indispensables qui permettent une évaluation théologique et spirituelle de la religion islamique.

Perry Anderson – Le Portugal et la fin de l’ultra-colonialisme

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L’Empire colonial portugais est l’un des plus anciens du monde. Il est aussi aujourd’hui, par la volonté du régime Salazar, le dernier à conserver envers et contre tout, au milieu de la ‘décolonisation’ générale, ses structures archaïques intactes.
Cette étude, après avoir décrit les caractéristiques propres au Portugal, retrace une histoire de son empire pour expliquer les structures actuelles du système colonial portugais. Après la perte de ses possessions aux Indes, le Portugal garde sous sa domination ses ‘provinces’ africaines: Angola, Mozambique, Guinée… A l´heure ou tous les Etats africains accèdent à l’indépendance, celles-ci restent les dernières colonies du globe. C’est ce qui explique la sanglante guerre de l’Angola, déclenchée depuis deux ans, guerre d’indépendance d’un type désormais ‘classique’… Face à la lutte d’émancipation des colonisés, c’est l’habituelle suite de massacres et de derniers ‘quarts d’heure’, le renforcement de l’armée portugaise outre-mer et, en contre-coup, la répression au cœur même de la métropole qui s’accentue. Perry Anderson, directeur de la “NEW LEFT REVIEW”, analyse ainsi les données et les perspectives de la faillite prochaine su ‘salazarisme’.”

Briant, Pierre – Histoire de l’empire perse de Cyrus à Alexandre –

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Pratiquement inconnu jusqu’alors sur les registres de l’Histoire, le peuple perse, depuis sa base de l’Iran méridional (Fàrs), se lance vers 550 av. J.-C. dans une aventure prodigieuse qui, sous la conduite de Cyrus le Grand et de ses successeurs, va aboutir à la création d’un empire immense entre Asie centrale et Haute-Egypte, entre Indus et Danube. L’Empire perse ou Empire achéménide (du nom de la dynastie régnante) a rassemblé en son sein des pays, des peuples, des langues et des cultures d’une diversité prodigieuse. Cette conquête des pays du Moyen-Orient a causé un bouleversement dans l’histoire du monde: pour la première fois, un Etat unitaire aussi vaste que le futur Empire romain voit le jour et se développe durant plus de deux siècles (550-330). Cette histoire se poursuit jusqu’à la mort d’Alexandre le Grand (323) qui, du point de vue géopolitique, est en quelque sorte ” le dernier des Achéménides “. Aujourd’hui encore les terrasses, palais, reliefs, peintures et briques émaillées de Pasargades, Persépolis et Suse, les impressionnantes tombes royales de Naqsi-Rustam, la statue monumentale de Darius le Grand, tout vient rappeler au visiteur abasourdi la puissance et le luxe inouïs des Grands Rois et de leurs Fidèles.

Longtemps reléguée dans une ombre épaisse par le prestige conjugué de l'” Orient millénaire ” et de la ” Grèce éternelle ” dont elle était exclue, l’histoire achéménide a reçu une impulsion entièrement nouvelle au cours des vingt dernières années. Débarrassée des oripeaux de la ” décadence orientale ” et de la ” stagnation asiatique “, la recherche a également bénéficié de découvertes documentaires décisives dont le nombre n’a cessé de croître, qu’il s’agisse de textes ou de vestiges archéologiques, numismatiques ou bien iconographiques.

C’est cette documentation immense et diversifiée que le livre met entre les mains du lecteur: les multiples citations de documents écrits et insertions d’images permettent de suivre l’auteur dans sa démarche d’historien qui, à travers l’espace et le temps, cherche à comprendre comment naît, se développe et sombre un tel empire. Construit sur ces piliers documentaires, nourri par des discussions qui ne masquent pas les interrogations persistantes, clairement articulé autour de chapitres-bilans, ce livre sans précédent ni équivalent offre aussi le minutieux exposé des divergences interprétatives et des hypothèses alternatives, une bibliographie exhaustive et un index très développé. Il s’adresse aussi bien aux historiens, sociologues et anthropologues qu’au lecteur passionné de recherches historiques et de vastes espaces.

Pierre Briant, professeur d’histoire de l’Antiquité à l’université de Toulouse-II Le Mirail, est spécialiste de l’histoire du Moyen-Orient à l’époque de la domination perse et des conquêtes d’Alexandre. Il est notamment l’auteur d’Alexandre le Grand (1994), d’Etat et pasteurs au Moyen-Orient ancien (1982), de Rois, tributs et paysans (1982) et de Darius, les Perses et l’Empire (1992).

Malek Bennabi – POURRITURES

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Les mémoires de Bennabi relatent son histoire, mais ils ont aussi leur propre histoire. On ne sait pas exactement quand est-ce qu’il s’est mis à leur rédaction mais il semble qu’il s’y soit très tôt préparé en prenant l’habitude de fixer dans une sorte de journal intime la matière qui y pourvoirait en temps utile. On trouve dans les archives qu’il a laissées des traces de ce journal sous forme de feuilles volantes écrites à la main remontant à 1936 et établissant qu’il prenait déjà note des réflexions et impressions que lui inspiraient les évènements et la vie en général en prenant soin de les dater.

Ce qu’on sait directement de lui, par contre, c’est qu’il a commencé la rédaction du tome 1 de ses Mémoires, «L’Enfant», le 05 mai 1965. Ainsi, on apprend par ses « Carnets » qu’il en est à la page 49 à la date du 19 mai, à la page 103 le 05 juin, et à la page 148 le 18. Enfin, le 27 juin 1965, il peut annoncer avec soulagement : «Je viens de terminer la première partie de mes mémoires que je compte publier en volumes séparés correspondant aux trois phases de ma vie». Il lui aura donc fallu moins d’un mois et demi pour nous livrer le récit détaillé, vivant et coloré de sa vie entre 1905 et 1930. Mais cela aurait-il été possible sans l’aide d’un brouillon ou de points de repères quand on considère la masse des faits et souvenirs qui y sont rapportés et quand on sait qu’il est alors âgé de soixante ans ?

Dans un manuscrit inédit (« Pourritures ») Bennabi nous apprend qu’en septembre 1939, avec le déclenchement de la seconde guerre mondiale, les autorités coloniales renforcent les mesures de surveillance des milieux politiques algériens. A Tébessa, la police procède à des perquisitions chez des particuliers. Il écrit : «La police commençait les perquisitions chez tout le monde. Je pris donc mes précautions. Je remis mes papiers dans une serviette à Khaldi qui la confia à sa brave mère». Que pouvaient être ces «papiers» sinon les supports de ses notes et des brouillons divers? Il nous apprend aussi qu’en juin 1951, dans un contexte similaire, il avait fait brûler par sa sœur aînée des « carnets de notes».

Quant au tome 2 de ses Mémoires, «L’Etudiant», il affirme l’avoir commencé le 21 février 1966 et achevé le 21 juillet 1967. On en déduirait qu’il a nécessité près d’un an et demi de travail, mais en fait il ne lui a pas consacré autant de temps. Je savais dès 1990 – quand j’ai pris connaissance pour la première fois du manuscrit de «Pourritures» – que «L’Etudiant» n’était qu’un des quatre chapitres de ce manuscrit de 373 pages rédigé entre le 1er mars 1951 et le 20 juin 1954. Rien ne dit d’ailleurs que la date du 20 juin 1954 et la page 373 signent la fin réelle de cet inédit. Tout indique au contraire que cette fin n’est pas «naturelle» car le récit s’arrête ex abrupto, ce qui n’est pas dans les usages de Bennabi qui signale systématiquement le début et la fin d’un travail.[1]

Il faut savoir que c’est de justesse que les deux premiers chapitres de «Pourritures» n’ont pas connu le sort des carnets brûlés en 1951. Ils ont été sauvés par deux membres de l’Association des Oulamas, amis de Bennabi, Abderrahman Chibane et Brahim Mazhoudi, lesquels, étant venus les lui restituer (il les leur avait confiés quelques semaines auparavant), l’entendirent leur déclarer qu’il allait les détruire pour qu’ils ne tombent pas entre les mains de la police qui s’intéressait alors de près à lui. Mazhoudi lui arracha des mains l’enveloppe en lui disant : «Ils doivent rester pour l’histoire !».

Autre particularité du manuscrit de «Pourritures» : à partir de la page 338, c’est-à-dire du 06 octobre 1953, Bennabi passe du style de rédaction littéraire à la prise de notes synthétiques et datées. Nous sommes déjà dans le style des « Carnets » et il en sera ainsi jusqu’à la mort de Bennabi qui, après la rédaction et la publication de «L’Etudiant» en arabe, ne s’est plus attaché à mettre en forme la suite de ses Mémoires soit parce qu’il ne le souhaitait plus, soit parce qu’il considérait que leur publication était inenvisageable. Mais il y pensait puisqu’on le voit écrire dans une note du 31 mars 1970 : «Je pense à ces «Mémoires d’un témoin du siècle » que je souhaite tant terminer malgré la trahison de la colonisabilité et le machiavélisme du colonialisme».

Jeffrey James Byrne – Mecca of Revolution Algeria,

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Mecca of Revolution traces the ideological and methodological evolution of the Algerian Revolution, showing how an anticolonial nationalist struggle culminated in independent Algeria’s ambitious agenda to reshape not only its own society, but international society too. In this work, Jeffrey James Byrne first examines the changing politics and international strategies of the Algerian National Liberation Front (FLN) during its war with France, including the embrace of more encompassing visions of “decolonization” that necessitated socio-economic transformation on a global scale along Marxist/Leninist/Fanonist/Maoist/Guevarian lines. After independence, the Algerians played a leading role in Arab-African affairs as well as the far-reaching Third World project that challenged structural inequalities in the international system and the world economy, including initiatives such as the Non-Aligned Movement, the G77, and the Afro-Asian movement. At the same time, Algiers, nicknamed the “Mecca of Revolution,” became a key nexus in an intercontinental transnational network of liberation movements, revolutionaries, and radical groups of various kinds.

Drawing on unprecedented access to archival materials from the FLN, the independent Algerian state, and half a dozen other countries, Byrne narrates a postcolonial, or “South-South,” international history. He situates dominant paradigms such as the Cold War in the larger context of decolonization and sheds new light on the relationships between the emergent elites of Africa, the Middle East, Asia, and Latin America.

Mecca of Revolution shows how Third Worldism evolved from a subversive transnational phenomenon into a mode of elite cooperation that reinforced the authority of the post-colonial state. In so doing, the Third World movement played a key role in the construction of the totalizing international order of the late-twentieth century.

Messali Hadj – par les textes

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Dans ce recueil, le mouvement national, dont Messali Hadj est le grand fondateur, est compris au sens plein du terme, à savoir le combat mené par les couches opprimées du peuple algérien pour édifier la nation algérienne sur les principes de la démocratie. Cette conception du nationalisme a servi pour la sélection des textes de Messali Hadj présentés selon quatre périodes :

– La période 1927-1936, du discours de Bruxelles à la dissolution de l’Etoile Nord-Africaine
– L’affirmation nationaliste en Algérie : Messali Hadj et le PPA de 1937 à 1946
– Le combat pour la Constituante au sein du MTLD, de 1947 à 1954, et la lutte pour l’indépendance de 1954 à 1962.

Les textes sont écrits par Messali Hadj, et pour partie extraits de documents du PPA-MTLD-MNA. Ainsi présentés, ils n’ont d’autres objectifs que de mieux connaître un homme, « l’éternel enfermé » dont la stature ne cesse de croître.

Todd Shepard – 1962 comment l’indépendance algérienne a transformé la France

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La guerre d’Algérie nous parle de la France d’aujourd’hui, en particulier des questions d’identité et de citoyenneté, mais aussi celles des rapatriés, de l’immigration, de la mémoire et de la réconciliation. C’est ce que montre ce livre salué par les historiens et qui devrait donner à réfléchir. Todd Shepard y explique, entre autres, comment la Ve République, à ses débuts, s’est appuyée sur la guerre d’Algérie pour restreindre durablement les libertés individuelles ; et comment l’histoire de l’impérialisme et de l’anti-impérialisme français a été réécrite par l’administration, les politiciens et les journalistes pour présenter la décolonisation comme une ” fatalité “, un mouvement inévitable, au lieu de dire qu’elle marquait l’échec du projet originel d’intégration nationale dans les colonies

Daho Djerbal -l’organisation spéciale de la fédération de france du fln

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Avec ce livre, l’historien Daho Djerbal aborde un aspect essentiel et pourtant assez méconnu de l’histoire de la guerre de libération algérienne : l’action de l’Organisation Spéciale de la Fédération de France du FLN. L’histoire de cette fédération de France demeure, aujourd’hui encore, un sujet sensible. En 1962, la direction du FLN refuse de la reconnaître comme une wilaya, unité territoriale ou région militaire durant la guerre d’indépendance. Le pays en guerre avait été découpé par le FLN…

Jacques Jurquet – Algérie 1945 -1954 des elections à la lutte armée

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Jacques Jurquet, quel a été votre parcours personnel, familial et professionnel ?

Je suis né le 2 avril 1922 à Marseille, d’un père professeur de physique-chimie, par ailleurs adhérent du parti socialiste SFIO. En 1936 intervient une rupture idéologique mais pas familiale avec mon père : je soutiens les communistes dans la guerre d’Espagne et prends mon premier abonnement à L’Humanité.

Je me marie en 1941 avec Machla (Myriam) Feigenbaum, réfugiée en France avec sa famille en 1931 pour fuir les pogroms antisémites survenant en Galicie polonaise (Kozowa, située non loin de Lwow). Nous aurons trois enfants « de guerre » : Claude né le 29 janvier 1942, qui deviendra professeur dans l’enseignement supérieur et qui est actuellement retraité ; Michel né le 13 août 1943, psychiatre et psychanalyste à Orléans ; et enfin Viviane, épouse Kleinmann, née le 6 novembre 1944, qui est devenue professeur de dessin et travaux manuels, elle aussi en retraite et habitant Maisons-Laffitte. J’ai également 15 arrière-petits-enfants si on réunit ceux de mon premier mariage avec ceux de ma femme Baya.

Après la guerre, Myriam est atteinte de psychose binaire, comme le philosophe Althusser. Je me sépare d’elle en novembre 1959 et je vis alors avec la dirigeante communiste des femmes algériennes Baya Bouhoune, qui deviendra Baya Jurquet en 1978. Baya participe à de de nombreux Congrès mondiaux (Budapest, Vienne…). Elle assiste comme invitée observatrice au Congrès des Femmes d’Asie en Chine, dès 1949. A cette occasion, elle rencontre Chou Enlai, le Maréchal Chou Teh, ainsi que le dirigeant coréen Kim Il Sung. Baya décède le 7 juillet 2007 à l’âge de 87 ans. Je suis donc veuf depuis 2 ans et demi.

Mes parents, qui seront honorés comme « Justes parmi les nations » du fait d’avoir sauvé quatre enfants et adolescents juifs en 1943 et 1944, à Poligny dans le Jura, décèdent à Marseille respectivement en 1967 et 1985. Ils sont devenus communistes après la guerre au moment de leur retraite, après le rejet du Parti socialiste dés 1940.

Je suis devenu en 1946 inspecteur des impôts pour pouvoir élever mes enfants. J’avais réussi le concours pour cette fonction en 1942 à Marseille, mais n’avais jamais rejoint l’école des Impôts puisque j’étais devenu clandestin. Sur ma demande, début 1968, j’obtins un congé sabbatique d’un an. En vérité je résidais à Paris pour diriger le Parti communiste marxiste-léniniste de France, fondé le 31 décembre 1967. Je devins clandestin à partir du 12 juin 1968 en tant que secrétaire général du PCMLF interdit par le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin qui avait reçu la francisque de Pétain. Je suis sorti de clandestinité en 1978 au moment ou le PCMLF devient le PCML.  Je suis admis à la retraite de mon administration de façon anticipée, grâce à mes temps de résistance et de première armée.

Tous ces faits sont relatés dans mes ouvrages autobiographiques.

Ait Ahmed – Mémoires d’un combattant. 1, L’esprit d’indépendance : 1942-1952

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130 ans de colonisation, 20 ans de révolte, 8 ans de guerre pour aboutir à ce qui a été vécu comme une accession à l’unité par les Algériens, comme un arrachement et un abandon par les Français d’Algérie — ces temps ont inscrit dans l’histoire étroitement mêlée de nos deux pays des douleurs profondes et attisé des malentendus. 20 ans après, on peut enfin écrire l’Histoire. Pour la première fois, un « chef historique » de la révolution algérienne parle, nous livre ses souvenirs, ses réflexions et ses analyses. Enfant des hautes montagnes du Djurdjura, Hocine Aït Ahmed connaît la vie misérable des paysans de Kabylie et les premiers défis à l’administration française qui lui valent, à 11 ans, une journée de prison. En 1942, à 16 ans, il adhère au Parti du Peuple Algérien (PPA) dirigé par Messali Hadj, et, dès lors, ne cesse de lutter pour la libération de son pays. Il entre dans la clandestinité — il fut, pendant deux ans, à la tête de l’Organisation Secrète (OS) qui, en 1949, comptait déjà 2 000 hommes dans ses rangs —, puis est contraint à l’exil au Caire, avant de créer le bureau du FLN à New York et d’être arrêté en même temps que Ben Bella, Boudiaf, Khider et Lacheraf dans le fameux détournement d’avion. Dans ce premier tome, Hocine Aït Ahmed n’esquive pas les problèmes politiques : luttes intestines, manœuvres électorales, mais avant tout il fait revivre le souffle patriotique qui animait la jeunesse algérienne au travers d’épisodes tels que l’attaque de la poste d’Oran, l’affaire des maquisards de Kabylie, la liquidation des « milices noires » et tant d’autres.

 

Ibn Khaldûn, Un islam des « Lumières » – Claude Horrut

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Un historien du XIVe siècle peut-il nous apprendre quelque chose aujourd’hui ? Oui, dans le cas d’Ibn Khaldûn. Depuis plus d’un siècle, la pensée occidentale n’a-t-elle pas récupéré dans ses propres catégories cet intellectuel du monde arabe, trop connu pour être bien connu ? Ce ne sont pas quelques extraits, mais l’ensemble de l’œuvre de cet homme d’esprit ” de tous les temps ” que le présent ouvrage nous invite à relire. Il décrit de façon synthétique et accessible à un large public les étapes de la pensée et de la vie de l’auteur de Muqaddima; et des Ibar, livres d’histoire et sur l’histoire largement traduits. Issu de la brillante culture de l’Empire arabo-berbéro-andalous d’Occident, Ibn Khaldûn a été confronté, dans sa description des sociétés nomades et urbaines du Sud, à l’opposition entre raison analytique et prophétie islamique. Il condense en lui la philosophie aristotélicienne transmise par les centres culturels d’alors, de Bagdad à Séville, en passant par Fès, Tunis, Alexandrie, Grenade et Cordoue. Mais il est en même temps un grand cadi respectueux du Coran et d’un islam de tendance sunnite malékite, voire soufi. Balloté entre les Cités impériales mérinides, les tribus et les princes (dont Tamerlan, rencontré à Damas), cet ambassadeur de cour nous livre une description fascinante des formes et des pratiques de pouvoir dans le monde arabo-musulman de l’époque, en relation avec les civilisations environnantes. Les malheurs de sa vie personnelle, mais aussi un regard détaché sur les hommes et les sociétés, empreint d’une-recherche de l’harmonie et de la mesure, rende attachant cet écrivain qui interroge autant le monde arabe sur ses racines pré-islamiques et sur ses fondements musulmans, que le monde euroméditerranéen qui le précède sur cette autre rive de la ” Mer intérieure ” à l’origine notre culture.

Sociologie d’une révolution (L’an V de la révolution algérienne) – Frantz Fanon

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Publié pour la première fois en 1959 et sans cesse réédité depuis, ce « classique de la décolonisation » reste d’une profonde actualité pour comprendre les ressorts du mouvement d’émancipation qui conduisit à la guerre d’indépendance algérienne. Ce livre est né de l’expérience accumulée au cœur du combat, au sein du FLN. Car Frantz Fanon, né antillais et mort algérien (1925-1961), avait choisi de vivre et de lutter parmi des colonisés comme lui, en Algérie, pays du colonialisme par excellence. Texte militant, cet ouvrage fut aussi la première analyse systématique de la transformation qui s’opérait alors au sein du peuple algérien engagé dans la révolution.
Ce texte, parmi les tout premiers publiés aux Éditions Maspero, décrit de l’intérieur les profondes mutations d’une société algérienne en lutte pour sa liberté. Ces transformations, la maturation politique et sociale, ignorées par les colons alors qu’elles étaient justement les fruits de la colonisation et de l’humiliation, présidèrent pourtant largement au processus qui mena à la guerre d’Algérie, « la plus hallucinante qu’un peuple ait menée pour briser l’oppression coloniale ».

À l’assaut du ciel: Composition de classe et lutte de classe dans le marxisme autonome italien – Steve Wright

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L’opéraïsme est un courant marxiste radical qui s’est développé dans l’Italie des années 1960 et 1970, comme tentative de confronter la théorie générale du Capital avec ” l’étude réelle de l’usine réelle “. En rapportant le comportement de lutte actuel de la classe ouvrière à sa structure matérielle actuelle dans le rapport d’exploitation, le but des théoriciens opéraïstes était de comprendre ” les nouvelles formes d’action indépendante de la classe ouvrière “. Le livre fort bien documenté de Steve Wright raconte l’histoire de ce courant, nourri de toutes les luttes de l’époque, et s’efforce d’apprécier son apport dans le contexte des récentes mobilisations ” contre le capital global ”

 

L’insurrection des esclaves de Saint-Domingue (22-23 août 1791) – Sous la direction de Laënnec HURBON

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Dans la nuit du 22 au 23 août 1791 éclate une violente insurrection à Saint-Domingue, colonie française des Antilles. Esclaves noirs et affranchis revendiquent la liberté et l’égalité des droits avec les citoyens blancs.

C’est le début d’une longue et meurtrière guerre qui mènera à l’indépendance de l’île ; la plus grande révolte servile de l’Histoire… et la seule qui ait réussi.

L’incendie millénariste – Georges Lapierre et Yves Delhoysie (Os Cangaceiros)

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La question de savoir si l’Âge d’Or a existé une fois, quelque part, est ici hors de propos. La question véritable étant plutôt que des hommes, depuis toujours, ont été fascinés par l’idée d’un temps et d’un monde où l’on vivrait en toute liberté, sans être assujetti au labeur et sans être séparé par le règne de l’argent et de la propriété privée. Ce rêve conserve aujourd’hui encore tout son sens.

Ouvriers contre le travail- Barcelone et Paris pendant les fronts populaires – Michael Seidman

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Michael Seidman montre la continuité de la résistance au travail, en grande partie ignorée ou sous-estimée par les théoriciens et historiens du XXe siècle. Au moment des fronts populaires, les ouvriers ont persévéré dans leurs pratiques antérieures qui donnaient déjà le caractère extérieur, utilitaire du sens de leur travail : des refus directs et indirects, par l’absentéisme, le coulage de cadence, le vol. la grève, etc. Au moment où s’est posée la question du contrôle ouvrier – révolutionnaire ou réformiste – du procès de production. les luttes quotidiennes sur le lieu de travail, à Paris et Barcelone, étaient des faits de résistance : ” La résistance était aussi un phénomène conjoncturel et cyclique, mais les refus sont restés une part intrinsèque de la culture ouvrière et sont apparus à différentes périodes avec diverses divisions du travail. Pendant les fronts populaires. les ouvriers se révoltaient contre un ensemble de disciplines, y compris celles imposées par les organisations ouvrières. Les salariés souhaitaient certainement contrôler leurs lieux de travail, mais généralement afin d’y travailler moins. On peut supposer que la façon d’éliminer la résistance n’est pas le contrôle ouvrier sur les moyens de production mais plutôt l’a ‘ n du travail salarié lui-même. ” Il nous est alors possible de voir, dans ces affrontements entre ouvriers et organisations ouvrières, des collectivités barcelonaises aux usines aéronautiques parisiennes, la. contradiction interne des mouvements de front populaire. qu’ils aient été révolutionnaires ou réformistes. L’impossibilité d’un triomphe de la classe du travail, en tant que telle, se manifeste sous sa forme la plus empirique. C’est la faillite d’un programme ouvrier dans ses propres termes, alors sommé de se réaliser dans un moment critique.

Jean-Paul Charnay – Regards sur l’islam, Freud, Marx, Ibn Khaldun –

 

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L’Islam entre aujourd’hui dans un schisme crucial pour son devenir. Deux voies s’affrontent : une vision dure (salafie) qui veut restaurer la pureté des origines par application totale de la révélation coranique et une option douce (néo-soufie) qui tend à restreindre les prescriptions à une spiritualité dont l’observance de la charîa ne serait pas le signe.
Au-delà de l’exégèse, “Regards sur l’islam, Freud, Marx, Ibn Khaldun ” propose quelques dissociations anthropologiques, et s’interroge sur les possibilités d’interprétations des traumastismes arabo-musulmans contemporains par les théories croisées de Marx, Ibn Khaldun et Freud.
En dépit d’apparents antagonismes, chacun des systèmes analysés ici : symbolique sacrificielle freudienne, géopolitiques orientales marxistes et renouvellement khaldunien de l’histoire, confrontés les uns aux autres dans un jeu de miroirs, est à même de dévoiler les faces cachées de l’histoire et de la psyché musulmanes, d’interpréter des attitudes stratégiques et les légitimations dogmatiques actuelles.

Immigration postcoloniale et mémoires – Abdellali Hajjat

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Pourquoi la transmission de la mémoire de l’immigration postcoloniale a tant de mal à s’effectuer ? Quels sont les obstacles qui se posent à elle ?
A travers des entretiens réalisés auprès de lycéens des Minguettes à Vénissieux (Rhône), une plongée dans l’intimité des relations familiales permet de saisir les effets de l’injonction à l’intégration : l’ambivalence des héritages de l’immigration, et les ruptures familiales et spatiales. Ce sont ces conséquences qui permettent de comprendre la difficile transmission de la mémoire de l’immigration postcoloniale.

 

Se défendre. Une philosophie de la violence – Elza Dorlin

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En 1685, le Code noir défendait « aux esclaves de porter aucune arme offensive ni de gros bâtons » sous peine de fouet. Au XIXesiècle, en Algérie, l’État colonial interdisait les armes aux indigènes, tout en accordant aux colons le droit de s’armer. Aujourd’hui, certaines vies comptent si peu que l’on peut tirer dans le dos d’un adolescent noir au prétexte qu’il était « menaçant ».
Une ligne de partage oppose historiquement les corps « dignes d’être défendus » à ceux qui, désarmés ou rendus indéfendables, sont laissés sans défense. Ce « désarmement » organisé des subalternes pose directement, pour tout élan de libération, la question du recours à la violence pour sa propre défense.
Des résistances esclaves au ju-jitsu des suffragistes, de l’insurrection du ghetto de Varsovie aux Black Panthers ou aux patrouilles queer, Elsa Dorlin retrace une généalogie de l’autodéfense politique. Sous l’histoire officielle de la légitime défense affleurent des « éthiques martiales de soi », pratiques ensevelies où le fait de se défendre en attaquant apparaît comme la condition de possibilité de sa survie comme de son devenir politique. Cette histoire de la violence éclaire la définition même de la subjectivité moderne, telle qu’elle est pensée dans et par les politiques de sécurité contemporaines, et implique une relecture critique de la philosophie politique, où Hobbes et Locke côtoient Frantz Fanon, Michel Foucault, Malcolm X, June Jordan ou Judith Butler.Prix Frantz Fanon 2018 (Caribbean Philosophical Association)

 

Correspondance Marc Chirik – Jean Malaquais 1945-1953

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Déjà tout jeune dans une province éloignée de l’empire russe en Bessarabie à Kichinev (maintenant Chişinău en Moldavie), il vibrait pour la révolution d’Octobre en suivant ses frères acquis au parti de Lénine. Émigré avec ses parents et plusieurs de ses frères en Palestine en 1921 à la suite de l’occupation de Kichinev par les troupes roumaines, il participe avec ses frères et sœurs au Parti Communiste de Palestine fondé en 1919, à l’époque il regroupait les travailleurs palestiniens et juifs. Marc (Mordkhai) Chirik y sera, malgré son jeune âge, membre du comité central de la Jeunesse Communiste et sympathisera avec l’opposition.

En route pour la Russie en 1924 avec un de ses frères pour participer au Ve Congrès de l’Internationale communiste (juin 1924), il échoue en France, où il mènera jusqu’après la guerre une vie d’ouvrier apatride. Heureusement pour lui, les autorités soviétiques ne lui avaient pas accordé les papiers nécessaires: il aurait fini dans les geôles staliniennes comme son frère aîné. En France commence sa vie d’oppositionnel. Il est d’abord un des fondateurs de L’Unité léniniste, le groupe de l’Opposition de gauche au PCF dirigé par Albert Treint, en 1927 sous le nom de Marc « Lavergne »Note 1 puis participe à la Fraction de gauche, toujours avec Treint.

Il devient ensuite membre de la Commission Exécutive de la Ligue communiste (trotskiste) et de la tendance Treint (1932-1933). En 1933, il est parmi les fondateurs de l’Union communiste qui regroupe tous les oppositionnels français (les 31 trotskistes [réf. nécessaire] restant à la Ligue Communiste sont obligés de faire de l’entrisme dans la SFIO pour ne pas disparaître. Mais ce choix, imposé par Trotski – c’est le « Tournant français (en) » – n’est pas du goût de tous, en particulier de Naville, et entraîne encore d’autres départs dans la Ligue).

De la Seconde Guerre mondiale à la Gauche communiste

En 1936, il rencontre Clara Geoffroy, qui sera sa compagne dans la vie et un soutien politique indéfectible. Son évolution en direction de la gauche communiste se poursuit ; en 1937-1938, il intègre la « fraction italienne ». Pendant la guerre (1941-1942), il est parmi les camarades de la Gauche italienne qui reprennent le flambeau de l’« internationalisme prolétarien » et appelle les ouvriers européens à retourner leurs armes contre leur propre bourgeoisie qu’elle soit démocratique, fasciste ou stalinienne: c’est le « défaitisme révolutionnaire », préconisé par Lénine pendant la guerre de 14-18, plaqué sur la Seconde Guerre. Erreur fatale pour les uns (en ce qu’elle met sur le même plan démocratie libérale et fascisme), heure de gloire de la gauche communiste italienne pour les autres, qui n’aurait pas, elle, cédé au patriotisme ambiant et aux réflexes d’union nationale, on parle aussi, pour désigner cette attitude, d’« internationalisme » maintenu dans la guerre.

Avec Robert Salama « Mousso » et ensuite Serge Bricianer notamment, il anime la Fraction française de la gauche communiste internationale puis la Gauche communiste de France (GCF) dès les années 1944 dont le journal s’appelait Internationalisme. L’ouvrier Goupil rejoint le groupe en 1947 au moment de la grande grève Renault en 1947Note 2 (voir son interview sur TOUTBOX.

Les années 1952-1968

Marc Chirik quitte l’Europe en 1952 et émigre au Venezuela[3]. Il revient en France en 1968, où il contribue au regroupement des révolutionnaires en particulier avec la création de Révolution Internationale.

Planète sans visa

Chirik a conservé toute sa vie une grande amitié et complicité avec l’écrivain Jean Malaquais (de son vrai nom Vladimir Malacki). Si l’on veut avoir une certaine idée de la passion de la discussion politique de Marc Chirik, on peut lire dans Planète sans visa1 la discussion très bien décrite par Jean Malaquais, entre Laverne (nom de guerre modifié de Marc dans les années 1920-30) et le patron du « Croque-fruit » qui se déroulait durant des nuits et des nuits.

autobiographie (anglais) – Angela Davis

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née en 1944 en Alabama, Angela Davis est devenue très jeune une figure internationale de la lutte contre toutes les formes de domination. Fichée parmi les 10 criminels les plus recherchés par le FBI, cette jeune femme noire, intellectuelle et communiste échappa à la peine de mort à l’issue d’un procès qui connut un retentissement mondial. Elle raconte ici son éveil politique, le quotidien de l’activisme et les raisons qui, aujourd’hui encore, la mènent chaque jour au combat. Son autobiographie, publiée dans les années 1970 et éditée par Toni Morrison, n’était plus disponible. Elle est ici enrichie d’un entretien inédit accordé par Angela Davis à la veille de ses 70 ans.

AMIROUCHE UNE VIE DEUX MORTS UN TESTAMENT – Said Sadi

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Depuis l’indépendance, Amirouche subit les mêmes accusations que celles dont l’accabla l’armée française. Il fut décrit comme un chef de guerre sans foi ni loi, comme un maquisard violent et sanguinaire. Saïd Sadi a toujours refusé de succomber à ces thèses faussement consensuelles. Pour lui, Amirouche ne pouvait être le monstre présenté par les services de Boussouf et Boumédienne. Il le décrit comme un stratège militaire, rigoureux mais altruiste. Doté d’une vraie culture politique, cet autodidacte d’exception avait le sens élevé de l’Etat.

Zanzibar en Tanzanie essai d’histoire politique – Ariel Crozon

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“En avril 1964, la république du Tanganyika et la république populaire de zanzibar s’unissent pour former la république unie de Tanzanie. L’étude porte sur la place et le rôle de zanzibar au sein de la république unie de Tanzanie. Elle privilégie la perception insulaire car l’union transforme profondément le cadre politique des iles, les intégrant dans un espace plus large ou elles deviennent plus ou moins marginales. La structure étatique du nouvel état est originale : deux gouvernements coexistent, l’un exerce une juridiction exclusive mais limitée a zanzibar, l’autre, le gouvernement central, couvre l’ensemble du pays a l’exception des domaines réserves a au gouvernement de zanzibar. Le présent travail trace l’histoire politique de cette union de 1964 a nos jours, afin de déterminer la nature des problèmes qu’elle rencontre, qu’il s’agisse des dysfonctionnements pratiques ou d’obstacles de nature plus symbolique renvoyant a des approches différentes du politique et de l’union. Le travail s’organise autour de deux thèmes. L’organisation politique dote zanzibar d’un statut particulier. Il s’agit d’étudier ce qu’il permet aux autorités insulaires aussi bien pour la politique interne (les domaines autonomes) que pour leur influence dans la politique nationale du pays. L’autre aspect de l’étude est de montrer les differentes facettes des représentations imaginaire de l’union, de la politique et du pouvoir sur les iles ainsi que l’influence de ces représentations sur la perception et la participation insulaire aux institutions nationales. “

Le mouvement ouvrier aux Etats Unis 1867-1967 – Guerin Daniel

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Engagements militants

Engagement anticolonialiste

Lors d’un voyage en Indochine, en 1930, où il découvrit la réalité coloniale, il profita de la traversée pour dévorer un nombre impressionnant de textes politiques allant de Proudhon à Marx en passant par Sorel. Il s’engagea dès ces années dans la lutte contre le colonialisme (Indochine, Liban…).

Daniel Guérin rompit avec le milieu bourgeois, s’installa à Belleville (quartier ouvrier de l’est de Paris), devint correcteur et commença à militer dans les années 1930 avec les syndicalistes révolutionnaires de la revue La Révolution prolétarienne de Pierre Monatte.

 

 

Le marxisme-libertaire

Guérin, qui à son retour des États-Unis étudia les œuvres complètes de Bakounine, s’éloigna peu à peu du marxisme orthodoxe durant la guerre pour se rapprocher de l’anarchisme. Il tenta de concilier ces deux tendances en envisageant la formation d’un courant marxiste libertaire : à partir de 1959 et de la publication de Jeunesse du socialisme libertaire, il chercha une voie nouvelle dans une synthèse de l’anarchisme et du marxisme. Il plaida pour concilier le meilleur de ces deux systèmes de pensée et publie Pour un marxisme libertaire puis À la recherche d’un communisme libertaire. Il écrivit par exemple dans Pour un marxisme libertaire : « La double faillite du réformisme et du stalinisme nous fait un devoir urgent de réconcilier la démocratie prolétarienne et le socialisme, la liberté et la révolution ». Il adhéra cependant au PSU, sans y militer, et en resta membre jusqu’en 1969. Dans une réunion publique à Marseille en 1969 il déclara parlant du PSOP que c’était « une sorte de PSU ».

Il demeura un acteur de la vie politique, notamment engagé dans le soutien à la révolution algérienne.

Guérin lutta également beaucoup pour la difficile intégration par le mouvement ouvrier de la question homosexuelle.

En 1969/1970 il participe à la constitution du Mouvement Communiste Libertaire (MCL), qui tente de regrouper plusieurs groupes dont ceux originaires des Cahiers de Mai, un rassemblement de militants de l’ancienne Fédération communiste libertaire (FCL) autour de Georges Fontenis (ancien secrétaire de la Fédération Anarchiste) et qui publiera le journal Guerre de Classes. Le MCL sera rejoint par un groupe issu d’une scission au sein de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) et deviendra ultérieurement l’« Organisation Communiste Libertaire » avant de disparaître (le sigle sera repris plus tard par une autre organisation à laquelle Daniel n’a pas appartenu).

Il rejoindra temporairement ensuite l’ORA, puis, de 1979 à sa mort en 1988, il fut militant de l’Union des travailleurs communistes libertaires, organisation dont est héritière l’actuelle Alternative libertaire.

 

 

L’historien

Daniel Guérin fut aussi historien. Il étudia principalement le mouvement social pendant la Révolution française à travers deux ouvrages : La Lutte des classes pendant la Première République en deux volumes publiés en 1947 et Bourgeois et bras nus. La guerre sociale sous la Révolution (1793-1795) publié en 1973.

Il fut également l’auteur de Ni Dieu, ni maître, une histoire et anthologie de l’anarchisme (1976).

Au Cameroun de Paul Biya – Fanny Pigeaud

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Au moyen de campagnes de presse internationales, son gouvernement vante régulièrement la stabilité politique du Cameroun : contrairement à la plupart des États qui l’entourent, il n’a pas connu de coup de force au cours des dernières décennies.
Mais de nombreux indices contredisent cette idée d’un pays sans histoires. Les plus flagrants sont ceux de 2008 : des centaines de jeunes ont manifesté pendant plusieurs jours contre la vie chère et un projet de modification de la Constitution donnant la possibilité à Paul Biya de briguer un nouveau mandat fin 2011. Cette situation quasi-insurrectionnelle a causé la mort de plusieurs dizaines de personnes, tuées par les forces de sécurité. Malgré ces évènements, la révision constitutionnelle a été adoptée, montrant un président crispé sur son pouvoir.
Pourquoi les espoirs de 1982 ont-ils peu à peu laissé place au profond désarroi exprimé en 2008 ? Comment le pays estil devenu l’un des plus corrompus du monde ? A quoi tient la longévité politique de Paul Biya ? A partir de faits et de témoignages, cette enquête décrit le cheminement du Cameroun sous sa présidence. Elle analyse le fonctionnement de son régime et les ressorts de sa durée, parmi lesquels figurent la manipulation des identités ethniques et le soutien de la France. Elle présente l’état de délabrement inquiétant de la société camerounaise après 30 années de « Renouveau » et tente de dresser des perspectives.

Fanny Pigeaud est journaliste. Formée notamment par le Centre d’études d’Afrique noire (CEAN) de l’Institut d’études politiques (IEP) de Bordeaux, elle a été pendant plusieurs années la correspondante au Cameroun de l’Agence France-Presse et du quotidien français Libération. Elle a aussi travaillé au Gabon et a eu l’occasion de faire des reportages dans plusieurs autres pays africains.

Les Syndicats Contre La Revolution. PERET BENJAMIN ET MUNIS G.

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Cette étude du syndicalisme publiée en 1952 pour le première fois par le poète surréaliste Benjamin Péret et son ami G. Munis est une arme décisive pour comprendre le rôle néfaste joué par les syndicats depuis plus d’un siècle maintenant. Péret commence par faire un bref historique de la naissance des premiers syndicats ouvriers en France à la fin du XIXè siècle où ces derniers défendaient légitimement les intérêts de la classe des prolétaires nouvellement formée et qui était en voie d’obtenir une conscience critique radicale contre les exploiteurs en tout genre.
La première trahison des syndicats vint lors de la première guerre mondiale où ils se rangèrent du côté des capitalistes dans l’acceptation de la guerre au lieu de maintenir la position internationaliste de l’alliance de tous les prolétariats du monde contre les bourgeoisies qui avaient à cœur de mener les ouvriers et les paysans à l’abattoir.

Les syndicats se sont donc révélés comme les meilleurs partenaires (aujourd’hui on dit même “partenaires sociaux”) de la classe des exploiteurs. Au lieu de revendiquer et d’exiger l’abolition pure et simple du salariat, les syndicats ne font que négocier la longueur de la chaîne qui détruit la vie des travailleurs. De plus, leurs revendications, au lieu d’être plus dures contre la classe capitaliste, n’ont cessé de s’amollir, confinant au ridicule. Pas étonnant qu’aujourd’hui les syndicats soient désertés et que plus aucun travailleurs ne leur fassent confiance. Le syndicalisme n’a jamais été révolutionnaire, mais seulement réformiste. En période de révolution, le syndicat sera toujours un frein à la révolution et une aide précieuse à la classe capitaliste pour diviser au maximum la classe prolétaire.

Je ne résiste pas au plaisir de citer ce passage dans le texte de Munis qui est prémonitoire : “La bureaucratie stalinienne, mieux encore qu’aucune bourgeoisie, sait intensifier l’exploitation en accélérant le rythme du travail et en introduisant dans le prolétariat le plus grand nombre possible de catégories. C’est le moyen traditionnel du capitalisme pour stimuler la production, que de substituer à l’intérêt historique homogène du prolétariat une multiplicité d’intérêts hétérogènes immédiats, qui sont autant d’entraves à l’action révolutionnaire commune.”
On pourrait remplacer dans ce paragraphe “bureaucratie stalinienne” par “sociologie universitaire” et l’on aurait une belle mise à jour des stratégies employées par le Capital pour détruire les luttes du prolétariat unifié.

La solution est donc de dénoncer les syndicats comme police du Capital dans les usines et de les remplacer par des conseils ouvriers révolutionnaires dont le mot d’ordre serait : ABOLITION DU SALARIAT !
Voilà ce que nous font comprendre ici ces deux textes de Péret et Munis, d’une importance capitale, proprement révolutionnaire.

Comment le peuple juif fut invente – Sand Shlomo

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Quand le peuple juif fut-il créé ? Est-ce il y a quatre mille ans, ou bien sous la plume d’historiens juifs du XIXe siècle qui ont reconstitué rétrospectivement un peuple imaginé afin de façonner une nation future ? Dans le sillage de la « contre-histoire » née en Israël dans les année 1990, Shlomo Sand nous entraîne dans une plongée à travers l’histoire « de longue durée » des juifs. Les habitants de la Judée furent-ils exilés après la destruction du Second Temple, en l’an 70 de l’ère chrétienne, ou bien s’agit-il ici d’un mythe chrétien qui aurait infiltré la tradition juive ? Et, si les paysans des temps anciens n’ont pas été exilés, que sont-ils devenus L’auteur montre surtout comment, à partir du XIXe siècle, le temps biblique a commencé à être considéré par les premiers sionistes comme le temps historique, celui de la naissance d’une nation. Ce détour par le passé conduit l’historien à un questionnement beaucoup plus contemporain : à l’heure où certains biologistes israéliens cherchent encore à démontrer que les juifs forment un peuple doté d’un ADN spécifique, que cache aujourd’hui le concept d’« État juif », et pourquoi cette entité n’a-t-elle pas réussi jusqu’à maintenant à se constituer en une république appartenant à l’ensemble de ses citoyens, quelle que soit leur religion ? En dénonçant cette dérogation profonde au principe sur lequel se fonde toute démocratie moderne, Shlomo Sand délaisse le débat historiographique pour proposer une critique de la politique identitaire de son pays. Construit sur une analyse d’une grande originalité et pleine d’audace, cet ouvrage foisonnant aborde des questions qui touchent autant à l’origine historique des juifs qu’au statut civique des Israéliens. Paru au printemps 2008 en Israël, il y est très rapidement devenu un best-seller et donne encore lieu à des débats orageux.

Né en 1946, Shlomo Sand a fait ses études d’histoire à l’université de Tel-Aviv et à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris. Depuis 1985, il enseigne l’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv. Les Mots et la terre (Fayard, 2006), est son dernier ouvrage publié en français.

Sorcières, Sages-Femmes et Infirmières – une histoire des femmes et de la médecine – Barbara Ehrenreich

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Engagées dans le Mouvement pour la santé des femmes dans les années 1970, Barbara Ehrenreich et Deirdre English enquêtent sur les racines historiques de la professionnalisation du corps médical. Portant un regard féministe sur les chasses aux sorcières en Europe et la suppression de la profession de sage-femme aux Etats-Unis, elles s’interrogent : et si, derrière ces événements, se cachait une véritable monopolisation politique et économique de la médecine par les hommes de la classe dominante, reléguant peu à peu les femmes à la fonction subalterne d’infirmière docile et maternelle ? Depuis sa parution aux Etats-Unis en 1973, cet essai concis et incisif a ouvert la voie à de nombreux travaux de recherche et prises de conscience. Cette traduction s’ouvre sur une préface inédite des deux auteures.

Ce texte pose un grand nombre de questions sur l’histoire des femmes. Pourquoi a-t-on brûlé des milliers de femmes en les accusant de sorcellerie? Pourquoi les femmes sont-elles devenues les ouvrières d’une industrie, celle de la santé, dans laquelle les hommes sont des patrons? Deux questions qui semblent éloignées l’une de l’autre et qui pourtant ont des explications assez semblables.

«Comme tout événement historique nous a été rapporté par une élite culturelle, on ne connaît les sorcières qu’à travers les yeux de leurs bourreaux.»

Il faut donc réapprendre notre histoire.

assata Shakur autobiographie

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Assata Shakur, membre de la Black Liberation army, devenu première femme à intégrer la liste des dix terroristes recherchés par le FBI, a vu son histoire devenir emblématique des relations socio-raciales et de la férocité policière de Etats-Unis. Cette autographie intime et politique raconte avec force sa vie d’activisme ainsi que les réussites et les échecs des groupes révolutionnaires. Un contribution majeure à l’histoire de la libération Noire.

La “Garde rouge” raconte: Histoire du Comité ouvrier de la Magneti Marelli (Milan, 1975-78) – E. Menstati

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Dans une grande usine milanaise, la Magneti Marelli, plusieurs dizaines de salariés s’organisent au milieu des années 1970 contre la direction et les syndicats dans un Comité politique ouvrier. Bientôt, cette « Garde rouge » comptera plusieurs centaines d’ouvriers (sur les 5000 de l’usine) – soit une force équivalente à celle du PCI – et sera en mesure d’imposer l’arrêt des mesures de restructuration (licenciements, délocalisation). Ce Comité ouvrier ne reste pas cantonné dans les murs de l’usine et participe aux autres luttes, grèves, manifestations, nombreuses à l’époque en Lombardie et dans toute l’Italie, et notamment à cette manière radicale de combattre l’inflation : les « autoréductions ». La Magneti Marelli ne fut pas la seule usine italienne à connaître des organes autonomes ouvriers, mais c’est son Comité qui a servi de référence à tous les autres, à la fois par ses initiatives propres et par sa capacité à faire profiter de son expérience les ouvriers des petites entreprises environnantes. Ce combat exemplaire s’inscrit dans le cours de cette tentative révolutionnaire des années 1968-1979, qu’il importe de défendre contre les falsifications et les calomnies qui l’accablent, et d’en tirer toutes les leçons qui s’imposent.

Emilio Mentasti, historien né en 1962, a aussi publié une somme sur le mouvement ouvrier de la région de Bergame entre 1967 et 1980.

LES PROLÉGOMÈNES – La Muqaddima d’Ibn Khaldoun

tome I

tome II

tome III

La Muqaddima d’Ibn Khaldoun (arabe : المقدمة), ou Al-Muqaddima (Introduction à l’histoire universelle), ou en français les Prolégomènes, ou en grec les Prolegomena, est un livre écrit par l’historien Ibn Khaldoun, d’Ifriqiya, en 1377 qui enregistre un début de conception musulmane de l’histoire universelle.

Certains penseurs modernes le considèrent comme le premier ouvrage traitant de la philosophie de l’histoire ou, parmi les sciences sociales, de la sociologie, de la démographie, de l’historiographie ainsi que de l’histoire culturelle, ou comme l’un des précurseurs de l’économie moderne dans les temps anciens

Le travail traite également de la théologie islamique, des sciences naturelles, de la biologie et de la chimie. Ibn Khaldoun a écrit son ouvrage en 1377 comme préface à son premier livre sur l’histoire universelle, Kitab al-Ibar (arabe : كتاب العبر, recueil des préceptes), mais déjà de son vivant, la Muqaddima fut considérée comme une œuvre indépendante.

Selon G. Marçais, les Prolégomènes sont « un des ouvrages les plus substantiels et les plus intéressants qu’ait produit l’esprit humain ».

Séville musulmane au début du XIIe siècle. Le traité d’Ibn ‘Abdun sur la vie urbaine et les corps de métiers – Évariste Lévi-Provençal

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« Tout étudiant, tout chercheur ayant eu à travailler sur l’histoire d’al-Andalus, a lu et admiré l’œuvre historique d’Évariste Lévi-Provençal, en particulier son Histoire de l’Espagne musulmane. À ce magistral tableau, le grand historien d’al-Andalus a ajouté un éclairage tout aussi remarquable par la quantité de sources découvertes, éditées puis traduites. Comme il le souligne dans son introduction, le traité de police des marchés d’Ibn ‘Abdûn demeure un document extrêmement précieux à plus d’un titre. En effet, si ce traité s’inscrit dans une longue tradition d’un genre juridique qui apparut d’abord en Orient, il se distingue à de nombreux titres des autres traités de hisba, par des ajouts et par des prises de position très engagées, donnant ainsi son point de vue sur une société troublée par les crises internes et la conquête chrétienne. C’est là tout l’intérêt de l’ouvrage souligné par Évariste Lévi-Provençal. Déjà largement exploité par les historiens d’al-Andalus, en particulier dans le magistral El señor del zoco en España de Pedro Chalmeta (1973), ce document exceptionnel demeure un outil indispensable pour toute étude sur la société d’al-Andalus. Dans le cadre d’une abondante littérature juridique qui pallie en partie l’absence d’archives, la réédition de la Séville musulmane au début du XIIe siècle, sera une redécouverte pour certains lecteurs, un outil de travail très précieux pour d’autres, attentifs à l’histoire de la société d’al-Andalus. »

La révolution haïtienne: une avancée postcoloniale – Laënnec HURBON

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Extrait: L’insurrection des esclaves de Saint Domingue dans la nuit du 22 au 23 août 1791, a été un événement capital dans l’histoire universelle, elle aboutit en 1804 à l’indépendance d’Haïti après une victoire de l’armée des indigènes contre les armées napoléoniennes fortes d’environ 50 000 hommes expédiés sous la direction du général Leclerc. Ce fut une véritable révolution, mais elle n’a pas été perçue comme telle dans l’historiographie française et européenne. Bien plus, elle a été systématiquement banalisée. Or elle suscite un nombre considérable d’interrogations pour lesquelles jusqu’à présent nous ne disposons pas de réponses satisfaisantes.

D’abord, il faudra savoir quelle interprétation on a fait en Europe, en Amérique latine et aux États-Unis de la révolution haïtienne. De même on devra s’enquérir de la place qui est faite à cette révolution dans l’histoire et l’anthropologie naissantes au xixe siècle. Que deviennent les notions de race, de nation, de religion dans le cadre du nouvel État non européen qui s’établit dans la Caraïbe ? Quelles sont les contraintes rencontrées par ce nouvel État issu d’une classe d’esclaves révoltés ? Dans la littérature européenne comme dans la philosophie, comment parvient-on à penser les rapports entre l’universalisme des Lumières et la particularité des cultures autres (non-occidentales) mais matinées du triple héritage européen, amérindien et africain ? Quelle vision de l’Afrique la révolution haïtienne impose-t-elle ? Et quelle mémoire aujourd’hui induit la révolution haïtienne pour l’histoire universelle ?

La Mediterranée L’espace et l’histoire – Fernand Braudel

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Dans ce livre, les bateaux naviguent ; les vagues répètent leur chanson ; les vignerons descendent des collines des Cinque Terre, sur la Riviera génoise ; les olives sont gaulées en Provence et en Grèce ; les pêcheurs tirent leurs filets sur la lagune immobile de Venise ou dans les canaux de Djerba ; des charpentiers construisent des barques pareilles aujourd’hui à celles d’hier… Et cette fois encore, nous sommes hors du temps. Plus qu’aucun autre univers des hommes, la Méditerranée ne cesse de se raconter elle-même, de se revivre elle-même. Par plaisir sans doute, non moins par nécessité.

Ils venaient d’Algerie l’immigration algérienne en France 1912-1992 – Benjamin Stora

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Loin de leur pays natal transformé en ghetto colonial, c’est la liberté qu’ils venaient chercher en France. L’Algérie, ils la rêvaient indépendante. Mais c’est dans les cafés-hôtels de l’exil qu’ils allaient créer les premières organisations nationalistes des années trente.

Vint la guerre clandestine du FLN en France, combat contre les autorités françaises mais aussi lutte secrète et féroce pour le contrôle de la communauté immigrée qu’encadrait encore le Mouvement national algérien de Messali Hadj.

1962, l’indépendance. Ecartés par le FLN, les dirigeants de sa fédération de France goûtent le fruit amer des espoirs déçus. Libre, l’Algérie devait nourrir tous ses fils et mettre fin à leur exil. Mais le destin en décide autrement: au lieu de disparaître, l’immigration s’installe.

Ils venaient d’Algérie, ils resteront en France. Les jeunes Maghrébins des années quatre-vingt s’interrogent: comment s’intégrer dans la société française sans renier leurs racines? Parce qu’il fait revivre l’histoire si mal connue de la communauté algérienne en France, parce qu’il rappelle que son passé ne la rend guère sensible aux sirènes de l’intégrisme islamique, ce livre se veut une réponse à ceux qui cherchent à situer la ” crise des banlieues ” et les événements actuels d’Algérie dans leur vraie dimension.

Émile Agnel PROCÈS CONTRE LES ANIMAUX CURIOSITÉS JUDICIAIRES ET HISTORIQUES DU MOYEN-ÂGE

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Toutefois notre but n’est pas de critiquer ici des usages plus ou moins absurdes, mais d’en constater simplement l’existence. Nous bornons notre rôle à raconter les faits, sauf au lecteur à en tirer lui-même les conséquences.

Plusieurs siècles nous séparent de l’époque dont nous cherchons à étudier les mœurs et les idées, qui forment avec les nôtres de si étranges disparates; aussi n’est-ce qu’après de scrupuleuses recherches faites dans les ouvrages des jurisconsultes et des historiens les plus respectables, que nous avons osé présenter cette rapide esquisse.

Comptoirs et villes coloniales du Sénégal: Saint-Louis, Gorée, Dakar Alain Sinou

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En 1637, Richelieu crée la première compagnie de traite ayant l’exclusivité du commerce sur les côtes d’Afrique ; cinq ans plus tard, à l’embouchure du fleuve Sénégal, une habitation fortifiée est construite sur l’île de N’Dar ; elle sera appelée Saint-Louis. C’est en 1862, alors que la conquête territoriale du Sénégal débute, qu’est fondée la ville nouvelle de Dakar, face à l’ancien comptoir de Gorée. Il faudra attendre le Congrès d’urbanisme qui se tient à Paris en 1931, lors de l’Exposition coloniale, pour que soient définitivement posées les règles d’organisation spatiale des villes coloniales. Ces trois dates cadrent l’ouvrage dont l’objectif principal est de retracer l’histoire de la construction des comptoirs et des villes de la côte sénégalaise. Histoire matérielle, bien sûr, celle des projets et des réalisations, depuis les premiers forts jusqu’aux bâtiments administratifs ; histoire des idées et des mentalités aussi, qui ont rendu possible la mise en œuvre de toutes ces opérations. Les relations entretenues pendant trois siècles par la colonie du Sénégal avec la métropole évoluent profondément ; les façons de bâtir l’espace urbain aussi. Si les premières bâtisses et les premiers plans rappellent les constructions françaises, avec la colonisation, des formes spécifiques sont élaborées, depuis le quartier ” indigène ” jusqu’aux villas à vérandas. Toutes ces actions conduisent à produire un paysage original, dont on trouve encore les traces matérielles dans les quartiers anciens. Aujourd’hui ces constructions sont menacées par la croissance urbaine, mais la philosophie d’action qui les a inspirées influence encore souvent la façon de penser et de bâtir la ville africaine

ABDELKRIM Une épopée d’or et de sang de Zakya Daoud

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Ce juriste, fils de notable, fut d’abord le premier journaliste marocain, avant de prendre les armes contre l’occupant espagnol. L’Espagne lui doit sa défaite militaire la plus cuisante : la bataille d’Anoual (juillet 1921) qui fit 15 à 20 000 victimes dans les rangs de l’armée espagnole. Pendant deux ans, il a tenu les montagnes du Rif et mis en place une véritable « république du Rif » (1921-1926) vécu comme un prélude à la libération de tout le Maroc. Un peu partout dans le monde des « révolutionnaires » ont eu les yeux tournés vers l’émir Adelkrim. Madrid est tenté d’abandonner la région aux rebelles, mais maréchal Lyautey demande son élimination. Paris craint la contagion anti-coloniale. La victoire de l’émir aurait changé le cours de l’histoire d’un pays colonisé depuis peu. La France et l’Espagne, ont dû se coaliser et aligner près de 500 000 hommes et 42 généraux (dont le général Pétain) et dix escadrilles aérienne pour en venir à bout. La France envoie l’émir vaincu à la Réunion pour un exil qui dure 21 ans. En 1946, il parvient à s’évader.

« En 1947, il rejoint Le Caire pour y diriger pendant quelques années le Bureau du Maghreb arabe, recevant dans sa résidence de Koubbeh Garden toutes sortes de personnalités avides de rencontrer cette légende vivante. Choyé par Abdel Nasser et par le Roi d’Arabie, il refuse obstinément de rentrer au Maroc tant que le dernier soldat étranger n’en est pas sorti et que l’Algérie voisine n’est pas libre. C’est en irréductible qu’il meurt en 1962 à l’âge de 80 ans et c’est de l’irréductible que l’histoire se souvient et a fait un mythe, voire un tabou encore vivace dans son pays d’origine, le Maroc. » (extrait d’un article de la revue Quantara).

Nasser lui accorda des funérailles nationales. Au Maroc on préféra oublier celui qui incarner l’idée d’un Maroc républicain… En octobre 1999, le jeune roi Mohammed VI, lors de sa visite au nord du Maroc, a rencontré Saïd el Khattabi, le fils de l’émir Abdelkrim. Ce geste fut très symbolique quand on sait qu’Abdelkrim aurait, par sa légende, put être un rival sérieux du Sultan du Maroc… si la France lui avait permis de retrouver le pays dont il fut chassé à jamais en 1926.

 

 

 

Les berbères en Amérique

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En 1930, à l’occasion de la centaine de la colonisation française en Algérie, G. Cauvet, un chercheur français, publia un livre intitulé « Les Berbères en Amérique ». Ce livre, édité à Alger chez J. Bringau, est demeuré presque inconnu. Il est basé sur des recherches menées par l’auteur sur les noms ethniques des tribus Berbères et Indiennes d’Amérique. Cauvet avait montré que plusieurs noms de tribus et de toponymes étaient les mêmes.

Certains noms Américains ne se retrouvent qu’en Tamazgha (Afique du Nord), ou sur les lignes de migration qui y mènent et non dans les autres parties du globe. Ces travaux ont été publié dans le Bulletin de la Société de Géographie d’Alger de 1924 à 1930.

Histoire des relations culturelles dans le monde contemporain – François Chaubet, Laurent Martin

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Révolutions artistiques à Paris ou New York, migrations scientifiques vers les grands campus américains, action culturelle des États en temps de paix ou de guerre froide afin de conforter leur puissance, les enjeux du monde contemporain ont été, souvent, des enjeux profondément culturels. En combinant l’histoire des Relations Internationales et l’histoire culturelle transnationale, ce livre entend offrir la première réelle synthèse sur les multiples interactions culturelles, qu’elles prennent la forme des circulations massives d’images et de sons des industries culturelles ou médiatiques ou celles, plus restreintes, des échanges intellectuels et artistiques.
Attentif aux récents objets de la recherche, de l’exil intellectuel au 20e siècle à la question de la culture coloniale ou impériale, cet ouvrage se propose d’être un outil de travail et de réflexion pour la compréhension du monde contemporain.

François Chaubet, maître de conférences à l’université de Tours et chercheur rattaché à Sciences Po, est spécialiste de l’histoire des relations culturelles internationales.
Laurent Martin, chargé de recherches au Centre d’histoire de Sciences Po, est spécialiste de l’histoire des médias et des rapports entre culture et politique au 20e siècle

La Révolution française à la Martinique (1936) – Henry Lémery

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Extrait: Les révolutions changent de caractère à mesure que leurs effets se développent non seulement dans le temps, mais dans l’espace. Chaque milieu réagit à sa façon à l’incendie qui se propage, révélant parfois le pouvoir explosif d’idées et de situations profondément différentes de celles qui ont occasionné la première déflagration.
La grande Révolution de 1789 en est le plus frappant exemple. Nul autre mouvement d’humanité n’a eu une telle puissance d’expansion. Tout contribuait à en faire un événement entre tous exceptionnel : la méditation séculaire d’un peuple de penseurs, une soudaine floraison de l’intellectualité et du sentiment, l’ardente poussée de sève d’une race d’élite en pleine maturité. Nous en connaissons assez les effets au pays de l’Esprit des Lois et du Contrat social. Mais le ferment de rénovation porté au-delà de nos frontières par les armées de la République, diffusé par nos écrivains et nos philosophes à travers l’univers, devait produire des résultats auxquels nul n’avait tout d’abord songé : en Europe l’affirmation du principe des nationalités et les nouveaux impérialismes qui en procèdent ; dans le monde, la croissante et chaque jour plus troublante complication du problème des races. Et sans doute les effets de la grande commotion, après bientôt un siècle et demi, n’ont-ils pas encore fini de se développer.

ait ahmed Mémoires d’un combattant. 1, L’esprit d’indépendance : 1942-1952

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130 ans de colonisation, 20 ans de révolte, 8 ans de guerre pour aboutir à ce qui a été vécu comme une accession à l’unité par les Algériens, comme un arrachement et un abandon par les Français d’Algérie — ces temps ont inscrit dans l’histoire étroitement mêlée de nos deux pays des douleurs profondes et attisé des malentendus. 20 ans après, on peut enfin écrire l’Histoire. Pour la première fois, un « chef historique » de la révolution algérienne parle, nous livre ses souvenirs, ses réflexions et ses analyses. Enfant des hautes montagnes du Djurdjura, Hocine Aït Ahmed connaît la vie misérable des paysans de Kabylie et les premiers défis à l’administration française qui lui valent, à 11 ans, une journée de prison. En 1942, à 16 ans, il adhère au Parti du Peuple Algérien (PPA) dirigé par Messali Hadj, et, dès lors, ne cesse de lutter pour la libération de son pays. Il entre dans la clandestinité — il fut, pendant deux ans, à la tête de l’Organisation Secrète (OS) qui, en 1949, comptait déjà 2 000 hommes dans ses rangs —, puis est contraint à l’exil au Caire, avant de créer le bureau du FLN à New York et d’être arrêté en même temps que Ben Bella, Boudiaf, Khider et Lacheraf dans le fameux détournement d’avion. Dans ce premier tome, Hocine Aït Ahmed n’esquive pas les problèmes politiques : luttes intestines, manœuvres électorales, mais avant tout il fait revivre le souffle patriotique qui animait la jeunesse algérienne au travers d’épisodes tels que l’attaque de la poste d’Oran, l’affaire des maquisards de Kabylie, la liquidation des « milices noires » et tant d’autres.

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